Alain Lenoir - Qui suis-je ? (1945 - ) 

Mis à jour 25-Jan-2020

J’ai fait mes études à l’École Normale Primaire de Grenoble (pour devenir instituteur) puis à l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud, qui est maintenant à Lyon.
Juste après l’agrégation de Sciences Naturelles que nous avons d'ailleurs passée fin août suite aux grèves de mai 1968, quand je suis arrivé à Tours en septembre 1968, sur un poste d’assistant on ne me demandait pas de faire une thèse comme maintenant, la thèse de 3ème cycle n’existait pas, mais de faire une thèse d’État, l’œuvre de toute une partie de vie, 10 ou 20 ans de recherche (Lenoir 1979). Le professeur Henri Verron m’a dit comme sujet de recherche « Vous mettez deux fourmis dans une boîte de Petri et vous observez ce qui se passe ». Ensuite il ne m’a plus jamais suggéré quoi que ce soit ! Liberté totale. J’aurais très bien pu changer de thème de recherche mais quand on a commencé à observer des fourmis on ne peut plus s’arrêter ! On ne nous demandait pas de publier vite, on pouvait publier aux Compte Rendus de l’Académie des Sciences en français où officiait le Professeur Grassé, spécialiste des termites et grand patron tout puissant de la zoologie. Bien sûr il fallait publier en français ! J'ai été nommé dans un "Laboratoire de Psychophysiologie", nouvelle appellation pour enseigner aux étudiants de psychologie de la biologie. A l'époque il n'était pas évident du tout que le mental ait besoin de bases biologiques. J'ai beaucoup aimé les étudiants de psychologie, souvent curieux et actifs. Il fallait arriver à les intéresser. En effet ils n'étaient pas du tout informés qu'après leur bac le plus souvent littéraire ils allaient faire de la biologie en fac.. Il fallait toujours trouver un lien entre le cours et de la psycho. En 2019 les étudiants qui arrivent en licence de psycho tombent toujours des nues en découvrant que les cours de statistiques et neurobiologie remplissent une grande partie de l’emploi du temps (Alica Raybaud, Le Monde du 14 novembre 2019).

Bernadette Darchen a été la première personne à m'initier à la connaisance des insectes sociaux lors d'un stage d'été à la station biologique des Eyzies en juillet 1969. Nous avions assité aux premiers pas de l'homme sur la lune dans un bar aux Eyzies le 20 juillet 1969 avec une vieille télévision en noir et blanc. Elle a organisé en 1974 un stage pour étudiants à Lamto (Côte d'Ivoire) d'inititation à la faune des insectes sociaux de la savane arborée.

Pour en savoir plus voir "50 ans de fourmis", conférence au colloque de la Section Française de l'Union Internationale pour l'Etude des Insectes Sociaux à Tours, août 2015. Voit liste de publications

Quelques photos :

Bangalore 1990 :       

Cameroun 1992          

   Ilheus 2015                     

2011 thèse de Sarah Groc à Kourou avec Alain Dejean :

Quelques vidéos :       et une autre sur les phtalates

Principaux thèmes de recherches

Quelques citations
J'ai toujours été passionné dans mon travail sur les fourmis. Comme le dit bien Kundera (La lenteur, 1995) : « Les entomologistes sont de curieux mufles : ils négligent la jeune fille bien qu’elle les écoute avec la meilleure volonté du monde, prête à rire quand il le faut ». Cela doit signifier que les entomologistes sont passionnés et parfois en oublient de voir ce qui se passe autour d’eux, même les plus jolies filles. « Nous, les gens de science, sommes privilégiés car faire un travail qui est en même temps une passion, c’est un privilège, oui, mes amis, le privilège que n’ont jamais connu mes compagnons ouvriers du bâtiment, parce qu’il est impossible de porter des poutres avec passion. ». C’est ce que dit un savant tchèque envoyé pour travailler dans le bâtiment pendant 20 ans.
Rémy Chauvin aussi a toujours été passionné. Il explique "Pourquoi consacrer plus de quarante années d'une vie d 'homme de science à un seul sujet, celui des insectes sociaux ? ... quand j'ai entrepris d'étudier les fourmis.. j'aimais ces petits monstres.. ".

"Je suis myrmécologue. C'est comme cela qu'on appelle une biologiste qui s'intéresse aux fourmis. "Etudier les fourmis ??? Et on te paie pour faire ça ?" Telle était la réaction d'une copine que je n'avais pas vue depuis des années. Je suis maintenant habituée à ce que certains de mes amis manifestent une sorte d'incompréhension totale que je ne fasse rien de plus "utile". (Bertelsmeier, Cleo (2019). Les guerres secrètes des fourmis, p. 9)
Cela me rapelle Luc Passera qui lors d'un colloque UIEIS à Toulouse en 2007 disait à peu près la même chose et ajoutait qu'il se sentait quand même un devoir envers la société pour déboucher sur des recherches intéressantes pour l'Homme, par exemple sur la fourmi d'Argentine. Cela me rappelle aussi un technicien informatique à l'université de Tours qui venait de me dépanner et à qui j'expliquais mes travaux sur les phtalates des fourmis et qui me dit qu'il était fier d'aider un chercheur qui peut aider l'humanité (oui, bon, c'est exagéré mais cela fait plaisir).

1er mars 1945 : « Un bel évènement en France ; Alain a vu le jour alors que le monde était dans la tourmente… il a alors décidé de consacrer sa vie aux fourmis, le monde des hommes étant trop violent…. dit-il dans son premier cri… » (Évelyne Vacherias, 1er mars 2015).

« Tu penses que ton travail d’université peut servir à quelqu’un à quelque chose, tu appelles cela des recherches. » « J’ai prévu de te demander pourquoi le mot docteur dans tes études. Je ne vois pas bien ce qu’on peut soigner à l’université, à part soigner des cerveaux qui pensent déjà trop.» Paul Bedel et Catherine Boivin "Nos vaches sont jolies parce qu'elles mangent des fleurs" (Pocket 2017, p. 28).

Voir
- Lenoir, A. (1979). Le comportement alimentaire et la division du travail chez la fourmi
Lasius niger. Bulletin Biologique de la France et de la Belgique 113: 79-314. Pdf
- Chauvin Rémy - Dieu des fourmis Dieu des étoiles. Le Pré aux Clercs 1988, 250 pages.