LA FOURMI CHEZ LES ÉCRIVAINS et hommes célèbres - Des extraits

Mise à jour le 12-Mai-2021

Abram David / Allende Isabel /
Barjavel René
/ Barukh Sarah  / Beaucarne Julos / Bedel Paul / Borges Jorge Luis / Buzzati Dino La Fourmi / Buzzati Dino Bestiaire /
Castro Fidel / Cavanna / Chazerand Émilie / Chimamanda Ngozi AdichieChy TimColombani Laetitia , Condé Maryse , Cyrulnik Boris
de Mandeville Bernard / de Mello Anthony / de Samousate Lucien / de Vigan DelphineDick Philip K  / Dubillard RolandDubochet Jacques / Ducornet Rikki  / Duhamel Georges Fourmilière abandonnée /
Duhamel Georges /  
Enders G. / Ésope (La cigale et la fourmi - La sauterelle et la fourmi) /
Ferguson Jim / Fontenoy Maud / Friot Bernard  /
Guillain Robert / Gauz  / Guerrero Margarita / Guez Olivier /
Hearn Lafcadio / Houellebecq Michel  / Hua Yu / Haladjian Rafi /
KantKhan Abdul Qadeer / Kincaid Jamaica / Kwaidan /
Janin Dorothée /
Lamarche Caroline / Lauck Joanne Elizabeth / Le Clézio JMG / Le Garrec JJ / Lienga Randolf / Lim Catherine / Linch David / Livingstone David / Lodge David /  
Mankell HenningMaris Bernard / Melandri Francesca / Michaux Henri /
Ngor Haing / Noguez Dominique /
Orpaz Itshak
/ Oulitkaïa Ludmila  / Owens Delia
Petel Pierre /
Remen Rachel Naomi  / Renaud / Rostand Jean,  Roy-Déry KarineRufin JC  ,
Safier DavidSan-Antonio / Schopenhauer Arthur  / Sepúlveda Luis  / Smith Tom RobSturgeon T. /
Tesson Sylvain /
Vanhoenacker Charline / Vian Boris /
Werber Bernard
/ Werber Bernard  /
Zouc
  /


Ngozi Adichie, Chimamanda (2019, folio, éd anglaise 2006). "L'autre moitié du soleil" parle au Nigéria du "citronnier au tronc sillonné de fourmis-soldats noires." (p.34). Ce sont sans doute des magnans. Et pendant les tueries "Ils nous tuent comme des fourmis. Tu entends ce que je te dis ? Des fourmis." (p.228).


David Lynch "Entretiens avec Chris Rodley", Traduit de l'anglais par Serge Grünberg, éd. Cahiers du cinéma, 192 p., 1998)

Il se fait voyeur entomologiste, à l'affût de fourmis déchiquetant une oreille devant sa caméra ( Blue velvet), ou mises en scène pour un cliché (" Tête d'argile avec dinde, fromage et fourmis ") : " J'avais des fourmis dans ma cuisine. Alors j'ai fait une petite tête d'homme en fromage et dinde. Je l'ai sertie dans de l'argile et j'ai monté le tout sur un petit porte-manteau. J'ai mis un peu de dinde dans la bouche, les yeux et les oreilles. Je savais que les fourmis, iraient directement manger ça et, bien entendu, le lendemain, elles avaient construit une véritable autoroute, et circulaient dans les yeux et la bouche. "

Cité par Jean-Luc Douin (Le Monde, 11 Décembre 1998 Supplément)


Les fourmis folles jaunes sur l'île Christmas « J’ai encore la photo du dessin de ma semelle imprimé dans la poudre de phosphate comme sur un sol lunaire, à côté de la trace, nette et précise, d’une scolopendre géante – sorte de gros mille­pattes vorace, venimeux, introduit accidentellement sur l’île depuis l’Asie continentale : à côté de sa morsure, celle du serpent­loup, un autre envahisseur débarqué lui de l’Inde, est une partie de plaisir. Alliés aux sections d’assaut des folles jaunes, les scolopendres et les serpents­loups s’étaient lancés, eux aussi, dans une vaste entreprise d’éradication de la faune locale (...). Mon père fréquentait parfois des scientifiques en mission sur l’île, qui se consacraient à la lutte contre ces nuisibles. D’autres traquaient les derniers signes de vie des espèces en voie d’extinction. » (L'île de Jacob, de Dorothée Janin, p. 118-119; dans Le monde du 25 sept 2020). Voir Fourmi folle
Les fourmis selon San-Antonio : "Il conviendrait de déposer douze mille points d'exclamation à la suite de son "moi", mais nous en manquons présentement à l'imprimerie, la femme de ménage myope les ayant pris pour des fourmis et, de ce fait, flanqués à la poubelle." "Il se mit à inspecter le plafond. Et puis, aussitôt après, le plancher, soulevant les tapis, remuant les meubles. Une vieille fourmi, la pine. (l'inspecteur Pinaud)" (San Antonio, La pute enchantée, Fleuve Noir 1982, p. 42 et 171).

Au Congo-Kinshasa un belge et sa famille sont massacrés "IIs ligotèrent le mari, pratiquèrent une ouverture dans une termitère géante et l'y engagèrent, tête première jusqu'au buste. Quand, par la suite, on le rapatria en Belgique, le malheureux disposait d'un corps normal, surmonté d'une tête de squelette qui paraissait avoir été passée au papier de verre." (Turlute gratos les jours fériés, Fleuve Noir, 1995, p. 103)


Boris Vian dans "Les Fourmis" (1949, Poche 2000) : En 1949, il publie son premier recueil de nouvelles, Les Fourmis. Soit 11 textes sur la guerre. Les fourmis ce sont celles que l'on ressent dans les jambes, parce que le soldat ne peut plus bouger. "Je n’ai gardé que mon carnet et mon crayon. Je vais les lancer avant de changer de jambe et il faut absolument que je le fasse parce que j’en ai assez de la guerre et parce qu’il me vient des fourmis." Anti-militariste, l'auteur dénonce, avec son style proche du dadadaisme et loin des conventions, l'absurdité de la guerre.
"Je n'ai gardé que mon carnet et mon crayon. Je vais les lancer avant de changer de jambe et il faut absolument que je le fasse parce que j'en ai assez de la guerre et parce qu'il me vient des fourmis."

Vous saviez que les fourmis sont sensibles aux gaz lacrymogènes ? La parole du jour par Charline Vanhoenacker le mercredi 3 juin 2020 à 8h : "Hier soir avec la quantité de gaz lacrymogènes lancés place de Clichy il ne doit plus y avoir une seule fourmi."
- Le philosophe Bernard de Mandeville et "La fable des abeilles" ("The fable of the bees", traduction 1714) cité par Bernard Maris : "Thème : des abeilles cupides, avides de profits, s'adonnent gaiement au lucre et aux vices, et vivent heureuses. Arrive un prédicateur qui prêche la vertu et l'austérité. Aussitôt, la ruche dépérit et meurt. En un mot, laissez faire les hommes selon leur égoïsme concurrentiel et tout ira bien pour la société. La fable des abeilles, tellement importante, est reproduite in extenso dans la Théorie générale, le livre majeur de Keynes." (p. 135-6)..

- Là où chantent les écrevisses, de Delia Owens (Seuil 2019). Un joli roman envoûtant. Kya vit seule dans les marais en bord de mer. Milieu fascinant, riche de biodiversité. Et même des fourmis "Enfonçant une tige d'herbe dans une fourmilière, elle finit par demander : "Où elle est, ta mère ?" (p.165)

- Zouc et la fourmi. Selon Lecomte (Le Temps du 9 nov 2019) "On imaginait que cette myrmécologue [Cleo Bertelsmeier] établie en Suisse connaissait le fameux sketch de la petite fourmi de Zouc. Elle ne connaissait pas. Elle l’a regardé sur YouTube, a ri en écoutant la voix de petite fille prise par l’humoriste. Mais a lancé un «Oh non!» lorsque la main de Zouc a violemment claqué le sol." Vidéo YouTube

- Renaud chante Leonard's song :
Qui respectaient la vie
Et la terre et ses fruits
Et prêtaient aux fourmis
Une âme magnifique

- Jean Rostand. Cela pourrait aussi être des fourmis !

- Le philosophe Arthur Schopenhauer cite les Myrmecia comme exemple paradigmatique de conflits et de besoin constant de destruction dans notre « volonté de vivre ». « Dans ce genre, la fourmi bouledogue d'Australie présente un exemple frappant : Lorsqu'on la coupe en deux, une lutte s'engage entre la tête et la queue : celle-là commence à mordre celle-ci, qui se défend bravement avec l'aiguillon contre les morsures de l'autre; le combat peut durer une demi-heure, jusqu'à la mort complète, à moins que d'autres fourmis n'entraînent les deux tronçons. Le fait se renouvelle chaque fois. » (Wikipedia)

- Maryse Condé à Boston mange un pâté arrivé du Cameroun et demande avec quoi il a été fait : "Il s'agissait d'insectes, d'un mélange de fourmis rouges et d'une variété de chenilles. Je ne sais comment mon estomac supporta cette révélation" (Mets et merveilles, JC Lattès 2015, p. 206).

- Après son opération de la cataracte, Paul Bedel retrouve la vue et écrit "Je passe du temps à oberver les fourmis, les coccinelles. Nous reviennent quelques papillons, pas tous, les insecticides les ont assassinés. Des survivants en quelques sorte." Paul Bedel et Catherine Boivin "Nos vaches sont jolies parce qu'elles mangent des fleurs" (Pocket 2017, p. 50).

- La fourmi est un modèle de petit insecte pour Isabel Allende dans Eva Luna parlant de sa mère : "Elle me réduisait à la dimension d'une fourmi pour me donner à contempler l'univers depuis l'infiniment petit." (Fayard, p.34, 1988). C'est aussi un modèle de ténacité : "sa terre aride et coriace où il fallait une ténacité de fourmi pour faire pousser la moindre orange" (ibid p. 192).

Au pic du Midi de Bigorre, Eva Luna (non pas Era Luna) d'Isabel Allende sert à illustrer des étoiles (juillet 2019)

- "Le grand brouillard apparaît quelquefois dehors. La plupart de ceux qu'il prend meurent misérablement. les chanceux comme toi deviennent fous ou aveugles. Ou les deux. Ce grand brouillard ressemblait fort à l'insecticide dont je m'étais plus d'une fois servie - en vain - pour chasser les fourmis de notre terrasse." Kim Lange dans Maudit Karma (David Safier 2008).

- Sarah Barukh, Elle voulait juste marcher tout droit (2017) : A propos du coca-cola en 1946 "La première fois qu'elle en avait avalé, elle avait eu l'imprssion que des milliers de fourmis marchaient sur sa langue." (p.79) et devant un grand bateau qui lui parait immense "Elle avait l'impression d'être une fourmi." (p191). Par ailleurs, livre passionnant.

- À l'écoute des Insectes, de Joanne Elizabeth Lauck (Le Souffle d'or 2018) avec tout un chapitre sur les fourmis. Dans "Comment la terre s'est tue" (2014) de David Abraham, il y a une page sur des fourmis qui mangent du riz à Bali

- Dans la culture indoue la fourmi peut être la réincarnation de quelqu'un : Lalita "prend garde dans ses jeux à ne pas écraser la mondre fourmi, la moindre araignée, on ne sait jamais." Dans La tresse, de Laetitia Colombani, Poche 2017, p. 44 (superbe livre par ailleurs).

- La chanson d'amour de Delphine de Vigan est "Les fourmis rouges" de Michel Jonasz (Le Monde du 5-6 août 2018) : "Tu te rappelles on était couchés / Sur un millier de fourmis rouges / Aucun de nous deux n'a bougé / Couchés sur les fourmis rouges. "

- Sylvain Tesson dans Le Monde du 5-6 août 2018 aime les fourmis : "Je préfère le monde comme charmille peuplée d'oiseaux plutôt que comme Toile surveillée par des "voisins vigilants". Caresser une peau, boire trop de vin, s'approcher du vide, renifler les fourmilières, embrasser une statue, demander à un pauvre cloche s'il veut boire un verre : volà des choses aventureuses. Un iPhone ne les propose pas." (Pdf)

- L'héroïne du livre d'Émilie Chazerand dans le livre "la fourmi rouge" rencontre un entomologiste  qui a travaillé sur les fourmis de feu (texte).

- Olivier Guez dans "La disparition de Jozef Mengele" (Odile jacob 2017), le bourreau nazi d'Auchwitz réfugié en Argentine, écrit que Peter (nom d'emprunt) a inventé un dispositif pour écraser une fourmilière : "L'autre jour, Peter l'a fait rire. Il a découvert une fourmilière. Plutôt que d'y mettre le feu, il a accroché un poids à une corde qu'il a enroulée autour d'une branche d'eucalyptus. Des heures durant, comme un élève ingénieur, il a calculé, dessiné, fignolé le plan de la poulie pour écraser la fourmilière. Jamais Gitta ne l'avait vu si affairé et si enthousiaste qu'après sa destruction, bien davantage qu'après leurs ébats. Quelques heures plus tard, les fourmis blanches ont installé leur nid un peu plus loin." C'était peut-être des termites ? (voir texte)

- une citation de Jacques Dubochet, nouveau Prix Nobel de chimie 2017 à Lausanne : "L’altruisme est quelque chose de moral chez l’être humain, mais en biologie c’est une façon de fonctionner. Les fourmis ouvrières sont totalement altruistes car elles travaillent pour la reine, c’est le système qui le veut. En tant qu’êtres sociaux, nous vivons ensemble: nous occuper les uns des autres, ce n’est pas de la bonté, c’est simplement ne pas être stupide, c’est vital pour notre bien commun. Ce n’est pas une valeur morale, c’est une notion d’intelligence: la gauche, c’est l’intelligence, et la droite, c’est l’égoïsme. Ce que je dis va faire quelques vagues mais tant pis, je n’ai pas changé d’avis à ce propos." Le site de la télévision suisse (5 octobre 2017)

- Boris Cyrulnik dans La grande librairie du 14 septembre 2017 en réponse à une question de Busnel sur ses passe-temps favoris, a répondu à peu près ceci : "Je me souviens avoir passé des heures à observer les fourmis. C'est une vocation de paresseux parce qu'on observe les fourmis couché et cette position couchée me convenait et il se passait des phénomènes fantastiques, des aviations de fourmis qui décollaient, on voyait des vols d'oeufs, on voyait une science-fiction extraordinaire avec les fourmis. J'ai passé des heures extraordinaires avec les fourmis."

- G. Enders aime beaucoup les fourmis. On citera par exemple "La baleine est un eucaryote. Les être humains aussi. Tout comme les fourmis, d'ailleurs, même si elles sont bien plus petites."  et "Quand votre chemin croise celui d'une fourmi, rien ne s'oppose donc, du point de vue de cette classification, à ce que vous la saluiez d'égal à égal." (p. 215).  Et à propos de la schizophrénie : "Les patients ont l'impression que des fourmis leur grimpent sur le dos alors qu'il n'y a pas la moindre bestiole alentour" (p. 279).
Enders, G. (2015). Le charme discret de l'intestin, Actes Sud.

- Karine Roy-Déry (2015). Des fourmis. En parlant du cadre. Filigrane 24: 135-140. Une psychanalyste dont les bureaux sont envahis par des fourmis charpentières : "Cette situation me rend folle. J’en deviens obsédée. Je ne suis plus disponible : j’observe les fourmis. Elles se sont introduites dans mon bureau à l’improviste, sans prendre de rendez-vous. Elles ne respectent aucun horaire et paient encore moins d’honoraires. Elles me dérangent et dérangent mes clients. Je n’ai plus d’espace à penser, je ne peux plus m’absenter : j’observe les fourmis." Pdf

- Francesca Melandri dans "Eva dort" (Gallimard 2013) parle d'un "prêtre maigre, pas très jeune. Il a une tête qui ressemble à celle d'une fourmi : large en haut, étroite en bas, des yeux déjà grands rendus énormes par des verres épais d'hypermétrope." (p. 174).

- Henning Mankell. "Les chaussures italiennes" (2006, trad fr 2009)
« Jamais je n’aurai imaginé que tu deviendrais un homme qui vit en compagnie d’une chienne, d’une chatte et d’une fourmilière. » (p.55).
Dans cette pièce « Mes grands-parents y sont morts tous les deux… Un jour j’ai découvert qu’il y avait des fourmis. Quand j’ai rouvert la porte quelques mois plus tard, elles avaient commencé à construire une fourmilière. J’ai laissé faire. » (p.95).
« J’avais la sensation que ma maison tout entière était incluse peu à peu dans une fourmilière géante qui grandissait de jour en jour » (p. 317).
La fin de l’histoire « Tôt un matin, j’ai commencé à déménager la fourmilière. Cela ne pouvait plus attendre. J’en prélevais des couches successives, pelletée par pelletée, que j’empilais au fur et à mesure dans la brouette. J’ai continué à transporter les fourmis vers leur nouvelle vie. Le soir tout était fini. La fourmilière avait été déplacée. » (p. 373).

- JC Rufin, "Le parfum d'Adam" (Folio 2007). "Il est envisageable de protéger les intérêts des éléphants, des singes, des cochons. A la rigueur, on peut prendre la défense des poissons, des crabes, des fourmis. Mais que faire pour les éponges, les vers de terre, les moustiques.."

- "La fourmi sage déplace des montagnes, le taureau furieux du vent" dit Tim Chy dans la BD Alpha, n°9, p. 3 (2006).

- Légende chinoise. "Ants" dans le recueil de nouvelles de Lafcadio Hearn « Kwaidan. Stories and Studies of Strange Things ». ICG Muse, 2001. Ants pages 159-181. Publication originale 1904. Une histoire de fourmis qui indiquent à un viel homme l'emplacement d'un trésor. Plus de détails

  • « Avant Darwin, le monde était simple, harmonieux et facile à comprendre. Tel que Dieu l’avait fait. » (Cavanna, Les grands imposteurs, 1991).
  • Ngozi Adichie, Chimamanda (2019, folio, éd anglaise 2006). "L'autre moitié du soleil" parle au Nigéria du "citronnier au tronc sillonné de fourmis-soldats noires." (p.34). Ce sont sans doute des magnans. Et pendant les tueries "Ils nous tuent comme des fourmis. Tu entends ce que je te dis ? Des fourmis." (p.228).
  •  Les fourmis de Dino Buzzati dans le Bestiaire (1973)
  •  Bernard Friot "Télévison" dans Histoires pressées, Milan éd, 1996
  •  Haing Ngor dans "Une odysée cambodgienne" qui relate son séjour dans les camps de Pol-Pot (1990, cité dans le Monde du 18 juin 1997)
    "Les supplices [Pour le vol d'un panier de fruits] « le gardien... me fit asseoir contre un tronc, m'attacha les mains derrière l'arbre et s'en alla sans un mot je me pris à prier : « Si je dois mourir, que ce soit avec dignité... » Quelque chose grimpait sur mon cou. Piqûre. Une fourmi rouge ! je frottais la tête contre mon épaule pour tenter de l'écraser. J'en sentis une autre sur mon épaule. La fourmilière était au pied de l'arbre, j'étais assis dessus... Je ne me souviens plus du reste de la journée, si ce n'est des élancements dans mes mains et dans ma jambe. »
  • Abdul Qadeer Khan, "père" de la bombe d'Islamabad. M. Khan affirmera plus tard qu'il n'est pas "un docteur Folamour", allusion à ce savant atomiste fou, héros du film de Stanley Kubrick. Sans pour autant démentir la part prise dans le programme nucléaire pakistanais, qu'il reconnaîtra publiquement, en juin 1998, lors de sa conférence de presse internationale après la première explosion expérimentale d'Islamabad, il préfère expliquer qu'il aime les petits oiseaux à l'aube, les fourmis et jusqu'aux singes descendus de leurs collines pour se nourrir et importuner les villageois dans son pays.
    Jacques Isnard (Le Monde, 25.12.03)
  • Rafi Haladjian, pionnier du sans-fil, part en 2002 au Brésil avec dans ses bagages cinq livres. Sur le comportement des fourmis, le darwinisme, le sphénomènes d'émergence, les réseaux sans fil et enfin un essai de McLuhan (Le Monde du 6 avril 2006, p. 21). 
  • "L'horreur" : Maud Fontenoy raconte son premier jour de classe après 17 ans d'école à la maison "La navigatrice... a vécu son enfance et son adolescence sur le bateau familial, où ses parents lui faisaient l'école... Elle s'est rendue pour la première fois dans une salle de classe à 17 ans, en terminale. "C'était l'horreur", se souvient-elle. "J'étais très, très intimidée par le monde extérieur." Au point que Maud Fontenoy s'est évanouie quand un professeur lui a posé une question pour la première fois... elle a dû tout à coup apprendre les codes d'un nouveau monde. "J'étais un peu comme une petite fourmi noire dans une fourmilière de fourmis rouges", résume-t-elle. " (Europe1, 18 décembre 2020)
  •  Fidel Castro, enfant, est hospitalisé pour une appendicite et passe son temps à disséquer des lézards à l'aide d'une lame de rasoir, puis à observer les bataillons de fourmis qui transportent les restes de ses victimes. Dans "Castro, l'infidèle", de Serge Raffy, Fayard 2003, p. 52. 
  • Dans "La vengeance des mères" de Jim Ferguson (2016) : pendant la danse chez les indiens dans les années 1875, des blanches qui ont été échangées contre des cheveaux et qui prennent partie des indiens "On a partout la chair de poule, comme si toute une fourmilière se promenait sur nous." (p.438)
  •  Gauz, écrivain ivoirien écrit "Le Nouvel Attila"
    Marivat, G. (2020) « Black Manoo » : Gauz, squatteur poétique. Lemonde.fr 15 octobre 2020.
    "Black Manoo se réveille dans le premier dix-sept jours après sa première dose de crack et son arrivée à Paris. Il a survécu à une phase hallucinatoire pendant laquelle il s’est vu fuir un feu de forêt, des fourmis géantes à ses trousses."
  •  Anthony de Mello, prêtre jésuite indien, dans son livre "Taking flight: a book of story meditations" (1990) raconte l'histoire d'un prisonnier isolé pendant des années qui sympathise avec une fourmi. Dans "A l'écoute des insectes" de Joanne Elizabeth Lauck. Pdf
  •  Rachel Naomi Remen, cancérologue américaine écrit dans son livre "Kitchen Table Wisdom" (1997) que "Nous ne prêtons aucune attention aux insectes et nous savons peu de choses des fourmis alors qu'elles recouvrent notre planète en quantités pharamineuses." Dans "A l'écoute des insectes" de Joanne Elizabeth Lauck. Pdf
  • David Abram "Comment la terre s'est tue. Pour une écologie des sens" (2013). Dans "A l'écoute des insectes" de Joanne Elizabeth Lauck. Des fourmis à Bali qui mangent du riz.
  • La fourmi Noémie de Julos Beaucarn.
  • Dominique Noguez. Cadeaux de Noël, Ed. Zulma, 126 p., 1998
    On y trouve l'histoire d'une fourmi qui voulait sodomiser un dindon.
    Ce petit volume a un sous-titre : "historiettes et maximes entrelardées de collages ou de dessins à feuilleter au moment des fêtes". C'est drôle, incorrect, surréaliste, troussé (pourrait-on dire) avec la malice d'un Pierre Dac qui aurait consacré ses facéties à l'érotisme. (Jean-Luc Douin, Le Monde, 4 décembre 1998).
  • Itshak Orpaz. Fourmis. Roman, Liana Levy (1988). Traduction de Nemalim (1968).
    Un homme et une femme dans un appartement au sommet d'un immeuble. Elle, pure, virginale et intouchable, lui, maçon éperdu d'amour pour sa femme qui se refuse à lui. Un jour, une fourmi fait son apparition dans l'appartement, grimpe sur le corps de sa femme et lui arrache un soupir de jouissance. D'autres fourmis apparaissent subrepticement, dans tous les coins, dans les fentes de murs...

  • Caroline Lamarche : Nous sommes à la lisière (Recueil de nouvelles, Gallimard 2019)
    "Même les plus humbles fourmis sont à nos lisières (on sait aujourd’hui, selon une vaste étude australienne, que la population des insectes s’effondre menaçant notre propre survie). Ignace passe chaque jour devant une fourmilière et appelle les fourmis du nom des saints martyrs qu’on évoquait à la messe : Lin, Clet, Clément, Sixte, Corneille et Cyprien. Leur nid est menacé par les passants."
  • JMG Le Clézio
    "Les fourmis. A Alma, elles courent le long des murs, au bord du jardin, dans les ornières du chemin. Elles transportent des feuilles coupées, des brins de paille, des miettes. Je passe du temps à les regarder courir, je place des obstacles sur leur route, j'essaie de les égarer, mais elels retrouvent toujours leur direction, elles contournent les obstacles, elles escaladent les cailloux. Je ne vais plus très souvent à Alma, pour entrer il faut passer par une brèche du mur. Je vais guetter les fourmis, mais je ne peux rester longtemps, parce que Lami, le gardien ne peut pas me voir ici, il me jette des coups de roche, il me crie "Fouca". Dans Alma, nrf Gallimard 2017.
    Selon l'éditeur : "Voici donc des histoires croisées, celle de Jérémie, en quête de Raphus cucullatus, alias l'oiseau de nausée, le dodo mauricien jadis exterminé par les humains, et celle de Dominique, alias Dodo, l'admirable hobo, né pour faire rire. Leur lieu commun est Alma, l'ancien domaine des Felsen sur l'île Maurice, que les temps modernes ont changée en Maya, la terre des illusions." La description fait penser à des fourmis champignonnistes, mais on n'en trouve pas à l'île Maurice...
  • Tom Rob Smith
    1933, dans un village d'Ukraine il n'y a plus rien à manger " Au sein d'une communauté où les hommes adultes mâchaient de la terre en espérant tomber sur des fourmis ou des oeufs d'insectes.." Dans Enfant 44, de Tom Rob Smith, Pocket 2009, p. 10.
  • Ludmila Oulitkaïa
    « Sage, sage est le monde des fourmis… » dit le peintre Robert Victorovitch dans Sonietchka de Ludmila Oulitskaïa (1996).
  • René Barjavel
    Bénigne : une vieille femme qui a reçu la magie de Merlin pour l’aider dans sa vie
    "Bénigne avait l'oreille très dure, qui n'entendait que ce qu'elle voulait bien, parfois même pas la tempête, mais parfois les pas des fourmis sur le mur."
    Dans "L'enchanteur" de Barjavel, Ed Folio (1984), p. 435.
  • David Lodge
    Dans le livre "Hors de l'abri", p.414 : à Heidelberg en Allemagne, dans les forces armées américaines en 1951.
    "Tu veux des fourmis au chocolat ? Elle ramassa avec ses longues griffes les insectes enrobés de chocolat et les porta à sa bouche. Il y eut un léger craquement entre ses mâchoires tandis qu'elle mastiquait. Hum, c'est délicieux !"
  • Henri Michaux
    Dans "Mes propriétés" il est question des Trèmes, « êtres mystérieux à tête semblable à celle de la sole, se basculant tout entiers pour manger, mangeurs de fourmis et autres raviots de cette taille ».
    Michaux, à douze ans, organisait s'il faut l'en croire des combats de fourmis. La spécialité des Hacs, « ce sont les combats d'animaux. Tout animal qui a la moindre disposition au combat (et lequel n'en a ?), ils le mettent en observation, surveillent et expérimentent ses antipathies pour les centaines d'autres espèces qu'ils ont encagées à cette fin, jusqu'à ce qu'ils aient obtenu des réactions certaines et fixes ». Les fourmis ne quitteront pas Michaux, elles grouilleront dans ses écrits et ses dessins. « Nous sommes plus que jamais entourées de fourmis », écrit la jeune femme "D'un pays lointain".
    (Écrivains de 1899 : Henri Michaux, Olivier Rolin, Le Monde du 27 août 1999)
  • Kant et les fourmis
    Durant 40 ans, le philosophe enseigna aussi la géographie. Le texte de son cours vient d'être traduit. On y trouve de nombreux animaux "Au Congo, on voit des colonnes entières de grosses fourmis qui peuvent dévorer entièrement une vache ou un homme malade" (Roger-Paul Droit, Le Monde 5 février 1999, supplément).
  • Robert Guillain
    A Dien Bien Phu avant la bataille "C'est une immense plaine... tous les troncs d'arbres sont rentrés sous terre dans les trosu où vivent les hommes, comme des fétus d epaille que les fourmis ramènent dans le secret de leurs galeries." (Robert Guillain, 14-15 février 1954, dans Le Monde, 31 décembre 1998).
  • JJ Le Garrec
    21 août 2000, 44e jour
    "Les fourmis (elles sont assez grosses ici), si elles vous montent dessus et que vous les tuez, elles ne peuvent pas prévenir leurs copines du danger, et si vous ne faites que les gifler, elles vont leur raconter que ce n'est pas risqué. Elles sont bêtes, les fourmis, ici ; c'est normal, vu les hommes qu'elles fréquentent. Hier, il y en a une qui s'est chargée d'un grain de riz que j'avais laissé tomber, et elle se débattait dans la jungle velue de mes mollets pour me le remonter. D'un revers de main, je l'ai écrasée. C'est après que j'ai compris ce qu'elle faisait, alors, pour elle, j'ai regretté." (JJ Le Garrec, Évasions – 74 jours à Jolo, XO éditions, 2000, p. 54).
  • Catherine Lim
    Auteure très impressionnée par les fourmis comme en témoigne son livre "La maîtresse de jade" (Belfond, 2000)
  • Roland Dubillard : «Irma, la poire, le pneu et autres récits brefs», Mille et Une Nuits, 96 pp.
    Irma, la poire, le pneu et autres récits brefs (ils sont très brefs puisqu'il y en a dix-huit en moins de quatre-vingts pages) datent des années 1946-1951. Le premier est une «fable» intitulée «La Poire, Georges et la fourmi». Cette poire est un de ces objets que Roland Dubillard dotent de qualités dont ils sont considérés d'habitude comme dépourvus. Georges se rend bien compte que des sensations fortes la traversent. Elle est près de pleurer à force d'efforts pour parler. Mais elle n'arrive à dire que «Poire» avant de se ratatiner définitivement. Puis elle tombe du poirier et des fourmis s'accrochent à elle. «Une des fourmis se dresse sur ses pattes de derrière et dit :
    " Te voilà bien avancé. Les choses ne sont pas faites pour parler ! Il ne faut pas les obliger à parler ! Si tu demandes à ce mur de te dire quelque chose, il te dira : 'MUR', comme la poire a dit 'POIRE', et il tombera en poussière. (...)'
    Et tandis que ses compagnes font disparaître dans leur trou minuscule le cadavre de la poire, la fourmi ajoute, pour l'instruction de Georges :
    " Une poire, on la mange." Georges regarde la fourmi s'en aller à son tour comme un professeur, deux pattes croisées derrière le dos. Puis il se met à réfléchir, car toutes ces choses l'ont énormément surpris.»

    Libération, jeudi 4 juillet 2002
  • UN AMOUR CLASSIQUE
    de Yu Hua, 260pp, 129F, éditions Actes Sud, mars 2000, Traduit du chinois par Jacqueline Guyvallet

    "Mais l’enfant, qui se sentait chargé d’un poids de plus en plus lourd, eut l’impression que ce poids provenait de la chose qu’il avait dans les bras, c’est pourquoi il la lâcha. Il entendit cette chose produire simultanément deux sons en tombant, l’un sourd, l’autre cristallin, puis il n’y eut plus aucun bruit. A présent, il se sentait soulagé. Il regarda les moineaux sautiller de branche en branche. Sous l’effet des secousses, les feuilles s’agitaient comme autant d’éventails. Après être resté ainsi un moment, il commença à avoir soif, aussi retourna-t-il dans la maison.
    Il ne trouva pas d’eau tout de suite... il repensa subitement à son cousin. Il se souvint qu’il venait de sortir de la maison en le tenant dans ses bras, mais maintenant il était tout seul. Il trouva cela bizarre, mais n’y réfléchit pas plus longtemps. Il grimpa sur son petit tabouret et tira à lui les deux tasses qu’il trouva un peu lourdes. L’une et l’autre contenaient de l’eau, aussi but-il quelques gorgées dans chacune d’elles. Ensuite il repensa aux moineaux qu’il avait vus un peu plus tôt et ressortit. Mais dehors, il n’y avait plus d’oiseaux dans l’orme, ils s’étaient envolés. Il vit quelque chose de blanc sur le sol cimenté et aperçut aussitôt son cousin. Celui-ci était allongé par terre, sur le dos, bras et jambes écartés. Il alla s’accroupir près de lui et le poussa un peu, mais le bébé ne bougea pas. Puis il vit sur le ciment une petite flaque de sang sous sa tête. Il se baissa pour observer de plus près et s’aperçut que le sang coulait de son crâne et se répandait sur le sol en s’épanouissant tout doucement comme une fleur. Puis il vit des fourmis se précipitant de partout vers la flaque pour ne plus en bouger. Seule, l’une d’entre elles la contourna et grimpa sur les cheveux. Longeant une mèche solidifiée par le sang, elle entra tout droit dans la tête de son cousin par l’endroit qui saignait. C’est seulement alors qu’il se leva, regarda, perplexe, tout autour de lui, puis regagna la maison.
    "
    (Libération, 10 septembre 2000)
  • Mon frère, de JAMAICA KINCAID
    Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Carasso et Jacqueline Huet, EDITIONS DE L'OLIVIER, 192pp., 100F, janvier 2000.

    "J'ai entendu mon frère crier son premier cri et puis on a un peu discuté de ce qu'il fallait faire de son placenta, mais je ne sais pas aujourd'hui ce qu'on a décidé d'en faire en totalité ; je sais seulement qu'un petit morceau en fut séché et épinglé à l'intérieur de ses habits comme talisman pour le protéger des mauvais esprits. Il a été placé dans une chemise que ma mère avait faite, mais parce qu'elle avait deux autres petits enfants, mes autres frères, l'un qui avait presque quatre ans, l'autre presque deux ans, elle n'avait pas pu accorder à sa chemise de coton le luxe d'attentions coutumier, broderies et lavages appropriés du tissu ; les chemises qu'il a portées étaient toutes simples. On l'a enveloppé d'un lange et placé près d'elle et tous deux se sont endormis. Le lendemain même, pendant qu'ils dormaient tous les deux, lui blotti dans la chaleur du corps de sa mère, une armée de fourmis rouges est entrée par la fenêtre et l'a attaqué. Ma mère a entendu son enfant crier et quand elle s'est éveillée, elle l'a trouvé couvert de fourmis rouges. S'il avait été seul, on croit qu'elles l'auraient tué. C'est un incident dont personne n'a jamais parlé à mon frère, un incident que tout le monde dans ma famille a oublié, excepté moi. Un jour pendant sa maladie, alors que ma mère et moi étions debout près de lui à le regarder – il dormait et ne savait donc pas que nous le faisions –, j'ai rappelé à ma mère que les fourmis avaient failli le dévorer et elle m'a regardée, les yeux étrécis par le soupçon, et elle a dit, « La mémoire que tu as ! » – peut-être est-ce ce qui lui déplaît le plus chez moi. Mais je me demandais seulement s'il y avait une signification à ce que de petites choses rouges aient failli le tuer de l'extérieur, peu après sa naissance, et que maintenant de petites choses le tuaient de l'intérieur ; je ne crois pas qu'il y ait une signification, ce n'est que le genre de choses qui viennent naturellement à un esprit comme le mien.
    Quand j'étais enfant, à l'endroit même où la maison de mon frère se trouve maintenant, elle cultivait toutes sortes de légumes et d'herbes. Les fourmis rouges qui l'avaient attaqué quand il avait moins d'un jour étaient passées par des okras qu'elle avait plantés trop près de la maison ; des buissons d'okras, les fourmis rouges avaient gagné une fenêtre puis le lit dans lequel il était couché avec ma mère. Après avoir tué toutes les fourmis rouges qui avaient attaqué son enfant, elle était sortie et sous l'emprise d'une grande colère avait arraché les okras, racines et tout, et les avait jetés
    ."
    Libération, janvier 2000
  • Les feux de l'orchidée (Entering Fire), de Rikki Ducornet (Le serpent à plumes, 202p., 109F, 1999)
    Livre à la fantaisie débridée qui conte l'histoire de Lamprias de Bergerac qui explora la jungle brésilienne. Evangelista, une des amours de Lamprias finira mangée par les fourmis (Christine Jordis, Le Monde Supplément, 5 mars 1999).
  • Cadeaux de Noël, de Dominique Noguez (Ed. Zulma, 126 p., 49F, 1998)
    On y trouve l'histoire d'une fourmi qui voulait sodomiser un dindon.
    Ce petit volume a un sous-titre : "historiettes et maximes entrelardées de collages ou de dessins à feuilleter au moment des fêtes". C'est drôle, incorrect, surréaliste, troussé (pourrait-on dire) avec la malice d'un Pierre Dac qui aurait consacré ses facéties à l'érotisme. (Jean-Luc Douin, Le Monde, 4 décembre 1998).
  • Les particules élémentaires, de Michel Houellebecq (Flammarion, 1998)
    "Dans la nuit du vendredi au samedi il dormit mal, et fit un rêve pénible. Il se voyait sous les traits d’un jeune porc aux chairs dodues et glabres. Avec ses compagnons porcins il était entraîné dans un tunnel énorme et obscur, aux parois rouillées, en forme de vortex. Le courant aquatique qui l’entraînait était de faible puissance, parfois il parvenait à reposer ses pattes sur le sol ; puis une vague plus forte arrivait, à nouveau il descendait de quelques mètres. De temps en temps il distinguait les chairs blanchâtres d’un de ses compagnons, brutalement aspiré vers le bas. Ils luttaient dans l’obscurité et dans le silence, uniquement troublé par les brefs crissements de leurs sabots sur les parois métalliques. En perdant de la hauteur, cependant, il distinguait, venue du fond du tunnel, une sourde rumeur de machines. Il prenait progressivement conscience que le tourbillon les entraînait vers des turbines aux hélices énormes et tranchantes.
    Plus tard sa tête coupée gisait dans une prairie, surplombée de plusieurs mètres par l’embouchure du vortex. Son crâne avait été séparé en deux dans le sens de la hauteur ; pourtant la partie intacte, posée au milieu des herbes, était encore consciente. Il savait que des fourmis allaient progressivement s’introduire dans la matière cervicale à nu afin d’en dévorer les neurones ; il sombrerait alors dans une inconscience définitive. Pour l’instant, son oeil unique observait l’horizon. La surface herbeuse semblait s’étendre à l’infini. D’immenses roues dentelées tournaient à l’envers sous un ciel de platine. Il se trouvait peut-être à la fin des temps ; du moins, le monde tel qu’il l’avait connu était parvenu à une fin."