Cleo Bertelsmeier

Alain Lenoir Mis à jour 09-Fév-2026

Née en 1987 à Francfort, a fait des études de biologie à l’Université d’Oxford, suivies d’un doctorat sur l’impact du changement climatique sur les invasions de fourmis à l’Université Paris Sud sous la direction de Franck Courchamp. Le titre de sa thèse : Biologie des invasions de fourmis dans un contexte de changement climatique (thèse en ligne) "Invasion biology of ants under climate change". Soutenance le 18/12/13 (voir Herzberg 2016).

Postdoc en Australie puis à Lausanne chez Laurent Keller.

Professeure assistante à Lausanne depuis 2019. Particulièrement passionnée par le rôle joué par l’Homme dans la dispersion des fourmis à l’échelle du globe. Elle étudie entre autres Tapinoma magnum, une espèce de fourmis envahissantes qui a commencé à coloniser les rives du Léman.

                                           

Voir plus d'infos sur Le Temps (Lecomte 2019).

2025 Récife colloque myrmécologie   :                

              

Dans l’univers des influenceurs fourmis : « Il est difficile d’exprimer la joie provoquée par le fait de trouver sa première reine » Par Zoé Neboit, Le Monde 3 novembre 2025 Pdf.
Cléo Bertelsmeier, biologiste et professeure au département d’écologie et évolution de l’université de Lausanne, en Suisse, travaille sur le rôle joué par l’homme dans la dispersion des fourmis à l’échelle planétaire. Elle est l’autrice, avec son collègue Jérôme M. W. Gippet, d’untravail sur le récent commerce de fourmis : « Jérôme est venu un jour me parler de fourmis de compagnie achetées sur Internet. Au début, je me suis dit : “Mais qui fait ça ?” Et, en fait, c’était hallucinant. En une dizaine d’années, c’est devenu très facile de se faire livrer par voie postale des fourmis qui viennent du monde entier. »

Des nouvelles du labo de Cleo Bertelsmeier à Lausanne. Plusieurs articles très importants

- Pérochon, E., Guénard, B., Gippet J.M.W., Klaftenberger, T., Ollier, S., Bertelsmeier C., 2026, Environmental conditions shape the global distribution of ant societies, Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. 123 (6) e2530826123, https://doi.org/10.1073/pnas.2530826123. (mail Max Huber 8 février 2026).

L’environnement façonne l’organisation des sociétés de fourmis, Cleo Berteslmeir, voir UNIL, 5 février 2026
Une seule reine sous les tropiques; d’immenses colonies dans les déserts; des ouvrières à la morphologie semblable dans les régions tempérées: les structures sociales des fourmis varient en fonction des conditions environnementales. C’est ce que montrent, pour la première fois à l’échelle mondiale, des travaux menés au Département d’écologie et évolution de l’Unil et publiés dans "PNAS". Trois groupes :
- Une reine solo sous les tropiques
Le premier groupe est constitué de petites colonies, à une seule reine, et dont les ouvrières ont des formes et tailles différentes. Il est dominant dans les régions tropicales, caractérisées par des températures élevées et de faibles fluctuations entre les saisons. «Sous ces latitudes, la diversité et l’abondance de fourmis augmentent la concurrence pour l’espace, notamment pour trouver un site de nidification, favorisant les sociétés de petite taille. Dans ce contexte compétitif, avoir plusieurs castes d'ouvrières constitue un avantage pour exploiter une plus large gamme de ressources», détaille Eddie Pérochon , premier auteur de l’article paru dans PNAS et doctorant au DEE. Le climat, relativement constant, ne représente pas un défi particulier: une seule reine suffit. Explication: les fourmis sont ectothermes, leur température corporelle dépend de celle de leur environnement. De fortes variations des conditions extérieures réduisent donc les chances de survie d’une reine partie fonder une nouvelle colonie. La polygynie constitue alors un avantage. Sous les tropiques, la stabilité climatique favorise au contraire la monogynie.
- De vastes colonies dans les déserts
Dans le deuxième groupe, les colonies sont grandes et les reines multiples, tout comme les morphologies des ouvrières. Ce genre de composition sociale se retrouve majoritairement dans les déserts. Pourquoi? Dans des environnements très arides, où la nourriture se fait rare, et où la compétition est donc féroce, avoir à disposition différents types d’ouvrières permet de mieux exploiter les maigres ressources. La vie en larges collectivités réduit quant à elle les risques de prédation et de dessiccation puisque chaque ouvrière passe moins de temps à l’extérieur du nid. Contrairement aux régions tropicales, établir une colonie dans le désert – les écarts de températures entre le jour et la nuit peuvent avoisiner les 50°C – constitue un réel danger. Mieux vaut s’y mettre à plusieurs: l’implantation d’un nouveau nid a ainsi plus de chances d’aboutir.
-Des ouvrières similaires dans les régions tempérées 
Enfin, le troisième groupe, avec ses sociétés à plusieurs reines et ses ouvrières morphologiquement uniformes (monomorphisme), domine les régions tempérées, associées à des températures plus basses et de forts contrastes entre les saisons. Il est présent de l’Espagne au Japon, ainsi que dans certaines zones de l’hémisphère Sud (Nouvelle-Zélande et sud du Chili, notamment). Comme dans les déserts, l’exposition à de fortes variations thermiques, sur une base non plus quotidienne mais annuelle, accroît ici les risques liés à la fondation de nouveaux nids, favorisant les colonies polygynes. Cette saisonnalité pourrait aussi jouer en défaveur d’une plus grande division du travail, expliquant la présence d’une seule caste d’ouvrières: «Dans des conditions où les sources de nourriture peuvent changer d’un moment à l’autre, mieux vaut être une fourmi tout-terrain, polyvalente plutôt qu’ultra-spécialiste», résume Cleo Bertelsmeier, directrice de l’étude, pour expliquer le monomorphisme dans ce groupe.

- Bates, O. K., and C. Bertelsmeier. 2025. “ Predictions of Future Insect Distributions Under Climate Change.” Diversity and Distributions 31, no. 10: e70106. https://doi.org/10.1111/ddi.70106

We conducted a review of insect range size predictions under climate change and the methodologies and data sources used by 351 studies.
Results: From the literature, studies were not significantly more likely to predict range reductions compared to range increases. While introduced species were predicted to increase more frequently in range than native species, both increases and decreases were predicted in both groups, highlighting species-specific changes. However, large differences in study methodology hinder our ability to compare predicted responses across species. Predictions of future ranges may be driven by factors such as species' physiology and geographic distribution. However, there is a large variety in predicted changes between insect species, and it is unknown to what extent these differences among species are due to the specific set of methodologies and data used to model the species' distribution, given that individual studies vary greatly in regard to the methodologies and data used to make predictions. We therefore discuss these differences and how they may influence range predictions. Conclusions: Due to the large differences in studies, concrete conclusions about the future state of insect distributions are unknown. There is a need for standardised benchmarking approaches across insect species roups, using multiple climate emissions scenarios and global circulation models at relevant data resolutions for insect species.

2017 : 

 

HDR de Romain Libbrecht le 24 juin 2025 :

 

Travaille sur les fourmis invasives "Les recherches de Cleo Bertelsmeier portent sur les invasions par des espèces introduites en dehors de leur zone native. Ces espèces invasives représentent l’une des plus grandes menaces pour la biodiversité et ont un coût énorme pour la société. Cleo Bertelsmeier s’intéresse à deux thèmes principaux : 1. la propagation d’insectes invasifs en lien avec l’histoire de la mondialisation du commerce et des mobilités humaines et 2. l’établissement d’espèces invasives sous de nouveaux climats".
A trouvé la fourmi invasive Tapinoma magnum à Lausanne et environs avec les collègues du Musée (Baumann 2018, Collet 2018).
- Les espèces invasives de fourmis mettent en péril les écosystèmes du monde entier. De Rebecca Dzombak (National Geographic, 25 janvier 2023)


Livres écrits par Cleo
- "Les guerres secrètes des fourmis" chez Favre (2019, 210p.) : "Un ouvrage passionnant qui dévoile la surprenante complexité des stratégies guerrières des fourmis et plus largement de leurs structures sociales, comportements et modes de communication.". Un style original, à lire absolument.
Interview de Cleo Bertelsmeier à la TV suisse le 15 décembre 2019 sur son livre : Quand les fourmis s'en vont en guerre

- "Comment les animaux exotiques envahissent le monde". Favre 2025. Tout sur les invasions.

"La biologiste travaille actuellement sur un commerce en ligne illicite de 500 espèces de fourmis dont 20 sont catégorisées invasives. «Elles arrivent par la poste dans un tube avec du coton, une reine et des ouvrières. Les gens veulent de l’exotique dans leur terrarium et quand ils s’en lassent, les insectes sont libérés dans la nature. Nous dénonçons cela», dit-elle. Car des fourmis du type Taponima magnum rivalisent avec les espèces indigènes, cherchent à les coloniser ou à les déplacer." (Le Temps 2019).

Elle a répondu aux questions de Daniel Fiévet dans l’émission, "Grand Bien vous fasse" Les fourmis, loin des clichés du 3 juin 2020. Voir  Paresseuses, kamikazes, les fourmis ne sont pas celles que vous croyez !
Par exemple : "Cléo Bertelsmeier : "La fourmi travailleuse est un mythe." "En marquant individuellement les fourmis, on a découvert qu'un tiers, voire la moitié des ouvrières d'une colonie, ne font absolument rien !" "On a découvert, cette année, des fourmis kamikazes : elles se rendent au milieu de leurs attaquantes et se font exploser."

Bonne nouvelle ? selon Le Journal du Jura (2020) Les espèces invasives les plus dangereuses sont les plus casanières.
"Cleo Bertelsmeier, professeure assistante au Département d’écologie et évolution de l’UNIL, et sa doctorante Olivia Bates ont voulu savoir si les espèces introduites les plus invasives sont les plus aptes à coloniser de nouveaux climats. Pour ce faire, les biologistes ont évalué, en collaboration avec Sébastien Ollier, du Laboratoire Ecologie, Systématique, Evolution de l’Université Paris-Saclay, la niche climatique de 82 espèces de fourmis provenant du monde entier. Résultats: "Nous avons pu démontrer que les espèces les plus néfastes pour l'être humain et l’environnement s’aventurent paradoxalement le moins dans des climats auxquels elles ne sont pas exposées dans leur zone native. En d’autres termes, les espèces les plus dangereuses sont plus frileuses et moins expansionnistes que les autres", commente Cleo Bertelsmeier, citée dans le communiqué. Ces résultats constituent une bonne nouvelle, comme le relève Olivia Bates, première auteure de l'article: "Puisque les espèces invasives les pires sont peu enclines à coloniser de nouveaux climats, leur propagation spatiale est prévisible. Il suffit de se baser sur l’ensemble des conditions climatiques dans leur aire native pour élaborer un modèle prédictif qui identifie les endroits sur Terre présentant des conditions climatiques similaires, propices à l’espèce" (Bates et al 2020).

Jérôme Gippet, au labo de Cleo Bertelsmeier à Lausanne, a étudié la compétition entre la fourmi invasive Tapinoma magnum et la fourmi locale Lasius niger (Gippet et al 2021).

Interviews de Cleo Bertelsmeier et Erik Frank à Lausanne sur RFi, 9 septembre 2020. Rediffusion le 5 mai 2021 (Lachowsky 2020).
" Jusqu'où nous entraîneront ces reines de «l'auto-organisation», sans chef, qui fourmillent sur Terre, depuis des centaines de millions d’années ? Ces extraordinaires insectes sociaux, reines, ouvrières, soldates, sont même infirmières de leurs blessées de guerre ! Découvrons un autre monde absolument fascinant et complexe : celui des fourmis, ces insectes qui ont inventé l’agriculture et les antibiotiques, qui sont dotées d’une extraordinaire intelligence collective, mais aussi individuelle et qui n’ont pas leur pareil pour s’orienter et communiquer (nous inspirant même des algorithmes). Fantastiques ouvrières de chantiers, colossales et valeureuses soldates prêtes à toutes les guerres, les fourmis n’en finissent pas de surprendre les chercheurs qui les étudient."

Conférence de Cleo Bertelsmeier à la Société Zoologique de Genève, Muséum d’histoire naturelle, 8 mars 2022 : "Les guerres secrètes des fourmis Sexe, meurtres et invasions territoriales, les sociétés de fourmis ne sont pas aussi harmonieuses qu’on pourrait le penser. Qui dit coopération dit aussi conflits, qu’ils soient internes ou entre colonies. Les fourmis déploient de véritables stratégies militaires, pratiquent l’esclavagisme, se font exploser pour protéger leur colonie. Partons à la découverte des sociétés de fourmis, des luttes qui les animent et des tromperies et manipulations subtiles qui les habitent."

Cleo Bertelsmeier dans le laboratoire de Franck Courchamp à Orsay a travaillé sur la compétition entre 4 espèces de fourmis invasives en les testant en laboratoire par des combats entre deux espèces. Les espèces utilisant des armes chimiques (Wasmannia auropunctata et Lasius neglectus) sont bien meilleures que les autres qui utilisent leurs simples mandibules (Pheidole megacephala qui perd toujours en combat à deux et Linepithema humile). P. megacephala a cependant des ressources puisque en combat à quatre elle laisse les autres s'entretuer pour prendre la place ensuite (Stratégie de Napoléon selon Herzberg) (Bertelsmeier et al. 2016). Voir l'article du Monde (Herzberg 2016 Pdf), Le Journal du Dimanche (Bellet 2016 Pdf) et Le Figaro (Nothias 2016 Pdf).

Quelques photos :

    

Postdocs :
Jérôme Gippet

Voir dans la presse
- actu.fr (2019) C’est à lire. Les guerres secrètes des fourmis, sexe, meurtres et invasions territoriales ! actu.fr, 8 décembre 2019
- Affentranger, M. (2017) Des fourmis dans nos bagages. unil.ch, 22 juin 2017, p. http://www.unil.ch/fbm/home/news.html?showActu=1498140017882&showFrom=1 Pdf
- Baumann, P. (2018) Les fourmis, ces envahisseuses. 9 juillet 2018, http://www.illustre.ch/magazine/fourmis-envahisseuses. Pdf
- Bellet, R. (2016). Et maintenant, la fourmi électrique. Le Journal du Dimanche 30 avril 2016. Pdf
- Collet, C. (2018). Sueurs froides à Cully, infestée par des milliards de fourmis. 24 heures Jeudi 15 février 2018. Pdf
- Herzberg, N. (2016). La guerre des fourmis. Le Monde Science et Médecine 2 mai 2016. Pdf
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Lachowsky, C. (2020) Jusqu’où nous entraîneront les fourmis ? Ces extraordinaires insectes sociaux : reines, ouvrières, soldates voire même infirmières de leurs blessées de guerre ! Audio 48:30. rfi.fr 9 sept 2020. Lien
- Lecomte, C. (2019) Quand la fourmi s'en va-t-en guerre... letemps.ch, 9 novembre 2019, https://www.letemps.ch/sciences/fourmi-sen-vaten-guerre. Lien
- Le Journal du Jura (2020) Les espèces invasives les plus dangereuses sont les plus casanières. journaldujura.ch 15 octobre 2020.
- Nothias, J.-L. (2016). Les fourmis sont des guerrières hors pair. Le Figaro Mercredi 20 avril 2016. Pdf

Quelques publications
- Bates, O. K., S. Ollier and C. Bertelsmeier (2020). Smaller climatic niche shifts in invasive than non-invasive alien ant species. Nature Communications 11(1): 5213. doi: 10.1038/s41467-020-19031-1.
- Bertelsmeier, C., G. M. Luque, A. Confais and F. Courchamp (2013). Forum Ant Profiler – a database of ecological characteristics of ants (Hymenoptera: Formicidae). Myrmecological News 18: 73-76.
- Bertelsmeier, C. and F. Courchamp (2014). Future ant invasions in France. Environmental Conservation 41(2): 217-228. 10.1017/s0376892913000556
- Bertelsmeier, C., S. Ollier, A. Avril, O. Blight, H. Jourdan and F. Courchamp (2016). Colony–colony interactions between highly invasive ants. Basic and Applied Ecology 17(2): 106-114. http://dx.doi.org/10.1016/j.baae.2015.09.005
- Bertelsmeier, C., S. Ollier, A. Liebhold and L. Keller (2017). Recent human history governs global ant invasion dynamics. 1: 0184. 10.1038/s41559-017-0184
http://dharmasastra.live.cf.private.springer.com/articles/s41559-017-0184#supplementary-information
- Bertelsmeier, C., S. Ollier, A. M. Liebhold, E. G. Brockerhoff, D. Ward and L. Keller (2018). Recurrent bridgehead effects accelerate global alien ant spread. Proceedings of the National Academy of Sciences. 10.1073/pnas.1801990115
- Blight, O., R. Josens, C. Bertelsmeier, S. Abril, R. Boulay and X. Cerdà (2017). Differences in behavioural traits among native and introduced colonies of an invasive ant. Biol. Invasions 19: 1389-1398. doi:10.1007/s10530–016–1353–5
- Gippet, J. M. W., L. George and C. Bertelsmeier (2021). Local coexistence of native and invasive ant species is associated with micro-spatial shifts in foraging activity. Biological Invasions. doi: 10.1007/s10530-021-02678-2
- Luque, G., C. Bellard, C. Bertelsmeier, E. Bonnaud, P. Genovesi, D. Simberloff and F. Courchamp (2014). The 100th of the world’s worst invasive alien species. Biological Invasions 16(5): 981-985. 10.1007/s10530-013-0561-5