Mars 2026
Mis
à jour le
12-Mar-2026
Actualité toujours bien remplie sur les fourmis mais aussi plus large, par exemple sur la Production scientifique,.
Commentaires sur la lettre de février par Karine (10 mars 2026) : "C’est dingue les images faites avec l’IA, tu t’en aperçois que c’est pas des vraies photos ? Et j’avais oublié ces fourmis à manger, tu veux pas recommander un peu de caviar pour un prochain apéro ? "
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Les chenilles ont le sens du rythme pour parler aux fourmis. Sciences et Avenir, Par Hevé Ratel le 10.03.2026. "Des chercheurs britanniques ont analysé les signaux rythmiques sophistiqués utilisés par des chenilles pour communiquer avec les fourmis et obtenir protection et nourriture. Mais comment ces signaux sonores participent-ils de la symbiose qu’entretiennent entre elles plusieurs espèces d’insectes ? Dans une étude parue dans les Annals of the New York Academy of Sciences Chiara De Gregorio (Université de Warwick, Grande-Bretagne) et ses collègues se sont penchés sur la question en analysant les signaux vibroacoustiques émis par les chenilles de papillons lorsqu’elles dialoguent avec les fourmis. Car les relations symbiotiques entre les deux genres sont fréquentes. Chacun y trouve son compte. Durant les premiers temps de leur existence, les chenilles sont prises en charge par les fourmis qui les traitent comme des membres de leur colonie. Elles les transportent dans leur nid, les protègent des prédateurs et les nourrissent." (Merci Max Huber, 11 mars 2026). Voir Myrmécophiles

On avait déjà vu en 2014 selon Hervé Morin (pdf)
et Kondoh en 1979 : 
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Les bases génétiques des hydrocarbures cuticulaires de Cataglyphis niger. Ces CHCs ont déjà été beaucoup étudiés, voir par exemple Dahbi et al (1996). Les auteurs analysent les voies enzymatiques génétiques responsables de la synthèse des CHCs. C'est déjà bien connu pour la drosophile. Il y a 9 QTL (région plus ou moins grande d'ADN) associés à 8 CHCs identifiés et 1 QTL associé à la quantité de CHCs. Ce travail a été réalisé en Israël avec les conseils d'Abraham Hefetz pour l'analyse des CHCs.
Inbar S, Saied B, Cohen P, Frenkel Z, Pellen Y, Korol AB, Privman E., Genetic Basis of Cuticular Hydrocarbon Variation in the Desert Ant Cataglyphis niger. Ecol Evol. 2026 Mar 2;16(3):e73108. doi: 10.1002/ece3.73108. PMID: 41777354; PMCID: PMC12952965.
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Sándor Csősz, Miklós Laczi, Gábor Herczeg, Ferenc Báthori. Hungary's Current Climate Conditions Converge With the North-Mediterranean of the 1980s: A Case Study in Mediterranean Ant Species New to Hungary. Ecology and Evolution16, no. 2: e73096. https://doi.org/10.1002/ece3.73096
Trois espèces C. comme Crematogaster, mais Camponotus lateralis marqué C. lateralis, confondu avec Crematogaster lateralis qui n'existe pas.
Here, we studied how climate change might aid Mediterranean ants' invasion of the Carpathian Basin. First, we monitored non-
native Mediterranean ant species in Hungary (occupying most of the Carpathian Basin) and recorded four of such species. Then,
we compared the historical Mediterranean climate (1980s) with the current Hungarian climate of the four species' habitats to
assess whether Hungarian conditions have converged with those Mediterranean conditions from which these species originate.
We found that the climate of both areas changed significantly during the last 40 years by becoming hotter and drier. This change
resulted in the disappearance of the climatic differences that previously existed between the 1980s Mediterranean region and
1980s Hungary (higher radiation and minimum temperatures in the former). When comparing 1980s Mediterranean climate to
current Hungarian climate, these differences have largely vanished. Our results demonstrated that climate change could make
Hungarian habitats climatically suitable for Mediterranean species in 40 years, implying significant risks of invasions currently
and in the near future.
KM Neumann, L Hoeferlin, S Chikoti, E Frank, J Plonsker, G Buczkowski, AV Suarez. Behavioral and hormonal responses to urbanization in odorous house ants (Tapinoma sessile). researchsquare.com, mars 1026.
Relations avec l'octopamine
Urbanization has profound effects on biological communities. Many organisms cannot persist in anthropogenic environments, while others may adapt to urban conditions. Behavioral traits can facilitate this adaptation and predict how species might respond to urbanization. We studied the behavior of the odorous house ant (Tapinoma sessile) which is common in both natural (ie forests) and urban areas. Relative to natural environments, colonies in urban areas are typically more aggressive and have many more workers and queens. To examine how this variation may influence other behaviors, we compared the exploratory behavior of T. sessile workers and colonies from natural and urban environments. We found repeatable variation in exploratory behavior, suggesting workers have distinct behavioral types. Additionally, colonies from natural environments had higher exploration and foraging activity relative to urban colonies. Activity also varied among ants with different behavioral roles-workers that were foraging were more exploratory than workers taken from the nest or that were engaged in a defensive role (ie recruited to the location of a different colony). Finally, we identified a potential proximate mechanism that might be influencing activity. Treatment with the neuromodulator octopamine led to increased levels of individual exploration and colony level foraging activity for colonies from both habitat types. However, natural variation in worker octopamine levels did not vary between environments. Together, these results suggest that exploratory behavior plays a role in adaptation to urbanization. Furthermore, octopamine may be a key driver for exploratory and foraging behavior in odorous house ants.
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Fourmidable, livre de Jo HOESTLANDT, Petite Poche, mars 2026, 48 pages, 4,20€ Voir Livres enfants
Selon le site : La fourmi noire 68 est une fourmi comme les autres, ne déroge pas aux règles de vie de la fourmilière, part chaque matin au travail derrière la fourmi 67, devant la fourmi 69. Un jour, suivant en cela les ordres, elle ramène à la fourmilière un puceron boudeur qu’elle surnomme Bouda. Peu à peu un sentiment l’envahit, étrange, une sensation qu’elle n’a jamais éprouvée. Une amitié naît entre Bouda et 68 et, bientôt, de conversations en bavardages, 68 s’interroge sur le sens de la vie, une envie d’ailleurs l’envahit. Et si elle quittait la fourmilière, le traintrain, le travail ?
Il y a aussi un dossier pédagogique sur le site web.

___________________________________________________________________________________________________________________________________
Formica uralensis, très rare a été trouvée dans le Doubs (merci Max Huber, 8 mars 2026)
Une espèce d'insecte "extrêmement rare" découverte dans le Doubs : "c'est une relique de l'ère glaciaire", par Vincent Constant, france3, 7 mars 2026.
Une nouvelle espèce de fourmi est inventoriée … et pas des moindres : la Fourmi de l’Oural (Formica uralensis), considérée comme l’espèce de fourmi la plus rare de France.
Cette espèce appartient au groupe des fourmis rousses. Spécialiste des milieux tourbeux et des climats froids, Formica uralensis est principalement présente en Europe du Nord.
En France, une seule population était connue sur la tourbière du Bélieu (dans le Doubs), découverte par Vincent Letoublon en 1989 (une centaine de colonies). Depuis, la population s’est effondrée, au point que l’espèce était considérée « au bord de l’extinction » du territoire national en 2011 (il ne restait qu’une seule colonie).
La RNN du lac de Remoray abriterait donc l’une des dernières stations connues en France pour cette espèce patrimoniale (voire la dernière !).
Son identification a été réalisée récemment par le spécialiste Clément Gouraud, que nous remercions chaleureusement pour sa collaboration bénévole.
Selon le Cahier d'identification Fourmis cette espèce est la seule formica bicolore à tête entièrement noire (p.153)
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Le mot fourmie selon Claude Lebas (6 mars 2026)
1606 Fourmie, forme ancienne héritée du Moyen-âge
Jean Nicot, Thresor de la langue françoise (1606)
FOURMIE. Petite beste qui amasse en esté pour vivre en yver.
Lat. Formica.
Le mot y est écrit « fourmie », directement issu du latin formica.
1680 Fourmi, réforme orthographique en cours
César-Pierre Richelet, Dictionnaire françois (1680)
FOURMI. s. f. Petit animal laborieux, qui amasse en été pour l’hiver.
On dit proverbialement : Travailler comme une fourmi.
1694, Fourmi, forme fixée officiellement
Richelet, académie française. 1694
Il vise une orthographe plus régulière et “raisonnée”, adaptée à la prononciation contemporaine. Il supprime le -e muet final, qui ne se prononçait plus depuis longtemps.
Le e final s’est progressivement amuï (ne se prononçait plus), ce qui a entraîné sa disparition graphique.
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Antscan. Antscan is a pilot project for creating digital libraries of 3D invertebrate anatomy based on high-throughput synchrotron micro-CT. On peut naviguer sur le site pour obtenir des photos en 3D et les faire tourner, c'est compliqué mais fascinant (merci Claude Lebas, 6 mars 2026).

Voir Le Monde Sciences du 11 mars 2026 : 
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Terrapodia
Jessica Jousse-Baudonnet est diplômée de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse. Elle a créé en 2022 la chaîne Youtube Terrapodia, dédiée aux petites bêtes, pour aider d'autres personnes à se réconcilier, comme elle, avec ces animaux mal-aimés.
Voir : Cette fourmi brise une règle fondamentale du vivant (Youtube). Superbe vidéo très pédagogique qui explique bien la reproduction des Messor ibericus.

___________________________________________________________________________________________________________________________________
Evaluation des services écosystémiques de régulation rendus par les espaces verts urbains de Lubumbashi (Sud-Est de la RD Congo), thèse doctorat Mashagiro Grace Queen, Université de Liège, 2026, sous la direction de Grégory Mahy. Voir Services écosystémiques
__________________________________________________________________________________________________________________________________
Du nouveau sur les Crematogaster par une équipe internationale de 13 chercheurs sur les UCEs (Ultra Conserved Elements du génome) (merci Claude Lebas, 5 mars 2025). 4 lignées ont divergé durant le pliocène : Méditerranée ouest, Est Egée, Anatolie et Turquie, et Méditerranée centrale. C'est sans doute lié aux pressions environmentales et aux changements climatiques.
Voir Youtube de Claude Lebas

Jody H. Voges, Sebastian Salata, Lech Borowiec, Jelena Bujan, Christos Georgiadis, Celal Karaman,
Kadri Kiran, Albena Lapeva-Gjonova, Claude Lebas, Mattia Menchetti, Enrico Schifani, Ahmed Taheri, Bonnie B. Blaimer - 2026 - Evolution of Crematogaster sordidula (Hymenoptera, Formicidae) Ants in the Mediterranean Region During Plio-Pleistocene Climatic Changes. Zoologica Scripta, 2026; 0:1–24.
https://doi.org/10.1111/zsc.70049. Libre accès.
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Elise Nowbahari et Michel Isingrini à Banyuls (1982) 
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Tout sur les singes et les incendies
Les singes aussi savent exploiter les incendies, par Hervé Morin, Le Monde 4 mars 2026. Pdf
Oui, les incendies font partie de la vie de la nature
et des animaux comme les singes savent en profiter. Ce qui se passe pour les fourmis est à l'étude à Donana (Andalousie). Voir Incendies
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Encore du nouveau dans les sytèmes reproducteurs des fourmis.
Blog de Marc Gozlan. Le Monde du 25 février 2026 : Fourmis : ces reines qui se passent de mâles et d’ouvrières. Des chercheurs décrivent une organisation sociale déroutante chez Temnothorax kinomurai, une espèce de fourmi japonaise parasite qui ne produit que des reines. Décidément les fourmis nous suprendront toujours. Belles photos dans le blog.
Keiko Hamaguchi, Kyoichi Kinomura, Ren Kitazawa, Natsumi Kanzaki, Jürgen Heinze (2026). A parasitic, parthenogenetic ant with only queens and without workers or males. Current Biology, Volume 36, Issue 4, R123 - R124
Le commentaire de Rumsais Blatrix (2 mars 2026)
Décidément, les fourmis n'ont pas fini de nous étonner. L'étrange histoire de vie de Temnothorax kinomurai vient d'être révélée.
Il s'agit d'une espèce inquiline, parasite de Temnothorax makora, au Japon. Chez les espèces parasites sociales dites inquilines déjà connues,
les reines pénètrent dans une colonie hôte, et profitent des ouvrières hôtes pour faire élever leur couvain, qui produira de nouvelles reines et des mâles.
Ces espèces ne produisent plus d'ouvrières, utilisant celles de l'espèce hôte. Ce qui différencie Temnothorax kinomurai des autres inquilines, c'est qu'elle se passe aussi de mâles car les reines se reproduisent par parthénogenèse thélytoque (contrairement à la parthénogenèse arrhénotoque,
qui consiste à produire des mâles par parthénogenèse, ce que font la grande majorité des fourmis).
Nous connaissions déjà plusieurs espèces de fourmis pratiquant la parthénogenèse thélytoque (Pristomyrmex punctatus, Platythyrea punctata, Ooceraea biroi et quelques Cataglyphis), mais aucune qui soit aussi un parasite social. J'ai toujours été étonné par la capacité de certaines espèces de fourmis à supporter la consanguinité, en particulier chez les parasites sociales. Temnothorax kraussei (ex Myrmoxenus kraussei) est une espèce parasite monogyne
dont l'accouplement se fait dans le nid, entre frères et soeurs, avant la dispersion des nouvelles reines.
A quoi bon continuer à produire des mâles dans ces conditions ? Les ouvrières sont aussi devenues obsolètes chez les inquilines,
puisque les ouvrières hôtes s'occupent de tout. Temnothorax kinomurai a trouvé la solution : ni mâle, ni ouvrière !
Chez tous les parasites on observe une simplification morphologique et comportementales : les fonctions de l'hôte prenant le relais,
certains caractères deviennent inutiles et disparaissent au cours de l'évolution. Les fourmis n'échappent pas à la règle.
Les caractères typiques de la vie sociale se réduisent chez les espèces parasites. Par exemple, les ouvrières perdent la capacité à entretenir le couvain.
La caste même d'ouvrière a disparu chez bon nombre d'espèces. Temnothorax kinomurai a poussé la spécialisation encore plus loin,
les mâles eux-même ont disparu, limitant probablement le risque que les reines ne soient pas fécondées,
car les parasites sociaux sont souvent en faible densité de population.
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Une belle fourmi sur Amazon (merci Jean-Luc Mercier, 2 mars 2026). Steampunk Puzzle en métal 3D en forme d'insectes à faire soi-même avec 6 pieds articulés et articulations rotatives à 360 °, décoration d'intérieur (63€)
sur Amazon : 
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Radioactivité.
Mathieu Lihoreau lance une recherche financée par l'ASNR. Thèse co-encadrée par Béatrice Gagnaire et Olivier Armant (ASNR Cadarache) et Mathieu Lihoreau (CRCA Toulouse), qui traitera de l’étude des effets des rayonnements ionisants sur les insectes pollinisateurs et sera réalisée en partie au Japon à Fukushima. Elle débutera à l’automne 2026.
"Oui je travaille là-bas depuis 3-4 ans maintenant avec l'équipe de Cadarache. Outre la mortalité accrue et les mutations, on a remarqué que les insectes (abeilles et frelons) d'apparence normale avaient de gros problèmes de comportement et des capacités d'apprentissages réduites..." (mail du 2 mars 2026).
J'avais aussi travaillé un peu sur les effets des radiations sur les fourmis, hélas jamais publié. Voir Radiations.
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Une étude récente dans Theconversation (Lien) pointe un chiffre alarmant : plus de 250 000 articles scientifiques liés au cancer pourraient avoir été fabriqués de toutes pièces entre 1999 et 2024. Cette production s’accélère et menace la production scientifique honnête. Combien d'articles sur les insectes sociaux seront retirés dans les prochaines années ? Sans doute peu, mais on n'échappe pas à la demande des institutions : toujours plus de publis dans des revues très cotées..
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Une image superbe, rien à voir avec les fourmis, pour le plaisir, mais aussi bien triste : une genette morte au bord de la route un soir près de chez moi, à Sauvagnon (64). Il y a une peronne qui a une caméra dans le bois de Sauvagnon et qui a vu aussi une genette. C'est rassurant, c'est une espèce "protégée" mais "non menacée". Voir Disparition des vertébrés
Avec la caméra (merci Denis Lafaille, janvier 2026)
Voir sur Youtube
___________________________________________________________________________________________________________________________________
Encore du nouveau sur les Tapinoma. Une nouvelle publi sur l'identification des Tapinoma avec une nouvelle espèce d'Inde, par B. Seifert.
B. Seifert. Treachery pigmentation pattern leads to misidentification: Tapinoma melanocephalum (Fabricius), Tapinoma pygmaeum (Dufour) and Tapinoma jandai sp. nov. (Hymenoptera, Formicidae). Entomology 75 (2) 2025, 245–252 | DOI 10.3897/contrib.entomol.75.e154879.