Pollinisation

Alain Lenoir mis à jour 14-Aoû-2019

On sait depuis longtemps que la pollinisation des plantes est très liée aux insectes et on a même attribué aux abeilles l'essentiel de ce rôle. En réalité 15% seulement des plantes cultivées sont pollinisées par l’abeille domestique, 30 genres d’insectes sont concernés (plusieurs centaines espèces). Au moins 100 000 espèces animales jouent un rôle dans la pollinisation de 250 000 plantes (le chiffre varie selon les auteurs), 1500 espèces de vertébrés (colibris, divers oiseaux, écureuils volants, chauve-souris frugivores, opossums, lémuriens rongeurs, et même un gecko). De nombreuses plantes protégées dans les parcs naturels ne germent pas à cause du déclin des pollinisateurs. Ceux-ci ont une forte susceptibilité à la dégradation et la fragmentation des habitats, ex au Costa Rica le nombre d’abeilles est passé de 70 à 37 espèces en 14 ans. Le traitement chimique des forêts de conifères au Canada diminue les populations d’abeilles sauvages et baisse la production de myrtilles. Certaines espèces pollinisatrices sont migratrices le long de corridors où elles suivent la floraison d’une succession de plantes, si un maillon manque toute la chaîne est coupée. La disparition des insectes met en péril la pollinisation de 80% des plantes sauvages (Garric 2017). Voir Déclin des insectes (Biodiversité). Les insectes pollinisateurs comme les abeilles solitaires ou les bourdons sont menacés. En Europe, sur les 68 espèces présentes, 30 sont en recul ou menacées d'extinction (Le Hir 2015). Le bourdon Bombus affinis en voie de disparition aux USA vient d'être classé comme animal à protéger par Barack Obama en janvier 2017 (Foucart 2017a). Pourtant il semble que "Les plantes ne se comprennent plus" à cause de la pollution de l'air, et les insectes comme les bourdons ont du mal à trouver les fleurs (Zaraska 2018) alors que les bourdons sont de plus en plus utilisés dans les serres (Lescroart 2018). Le déclin des insectes pollinisateurs est confirmé en Angleterre : selon une grande étude sur 353 abeilles sauvages et syrphes, entre 1980 et 2013, il apparait qu'un tiers des espèces a décru et seulement 10% ont augmenté (Powney et al 2019).

Une fleur pollinisée par une petite sauterelle :   Voir aussi Abeilles solitaires

Des fleurs des haies très appéciées par les abeilles et les bourdons :

Cotoneaster :     

et Escalonia :        

         

L’abeille est en déclin : 5,9M de colonies aux USA en 1940 et 4,3M en 85, 2,7 en 95. Les causes de ce déclin sont variées : progression de parasites et de maladies, invasion de l’abeille africanisée, empoisonnement par les pesticides, par exemple les néonicotinoïdes, fluctuations climatiques et abandon des aides aux apiculteurs par les gouvernements.

Bourdons
On utilise souvent des pollinisateurs alternatifs efficaces : ex le xylocope (alkali bee) pour la luzerne, des abeilles sauvages pour les myrtilles et bien sûr des bourdons dans les serres (tomates par exemple).

En Corse dans une serre bio :

Dave Goulson constate que le côut des colonies de bourdons pour la pollinisation dans les serres comme les tomates est très élevé et appelle à consacrer cet argent "en plantant des bandes de fleurs sauvages ou en leur fournissant des habitats où ils puissent faire leur nid." (Gouslon 2019, p. 248).

On insiste beaucoup en ce moment sur le rôle des pollinisateurs autres que les abeilles domestiques, par exemple les abeilles solitaires.

Fourmis et pollinisation

La pollinisation des fleurs par les fourmis est rare (Hickmann 19874) même si elles souvent associées aux autres hyménoptères pollinisateurs (voir par exemple Nicolino et Veillerete 2018, p. 11). C'est sans doute lié au fait que les fourmis produisent des substances inhibitrices du pollen par leur glande métapleurale (Andrews et al 1984). On connait par exemple la myrmicacine des fourmis champignonnistes.

L'éclairage nocturne artificiel est aussi néfaste pour la pollinisation nocturne. Le cirse maraicher a une frutification réduite de 13% si on éclaire artiiciellement le champ la nuit (Dabonneville 2017). Voir les effets nocifs de la pollution lumineuse dans Marianne (26 oct-1nov 2018)

La réponse de certains à la disparition des pollinisateurs : "La disparition des insectes n'est pas un problème économique si l'on croit pouvoir développer des microdrones pour polliniser les cultures." De Antoinin Pottier, interview par Stéphane Foucart, Le Monde 3 décembre 2016, p. 6. Pdf
- autre citation "La disparition des abeilles n'est d'ailleurs pas une si mauvaise nouvelle pour certains économistes puisqu'elle pourrait conduire au développement et à la commercialisation de solutions techniques de pollinisation" (Foucart 2017b).

Voir
- Beattie Andrew J., Christine Turnbull, R. B. Knox and E. G. Williams (1984). Ant Inhibition of Pollen Function : A Possible Reason Why Ant Pollination is Rare. American Journal of Botany. 71, 421-426
- Dabonneville, C. (2017). A bas l'éclairage nocturne. Espèces 25, septembre 2017. Pdf
- Foucart, S. (2017a). Le premier président vert. Les années Obama 4/5. Le Monde 20 janvier 2017. p. 14.
- Foucart, S. (2017b). Croissance et aveuglement. Le Monde 17-18 septembre 2017. p. 29.
- Garric, A. (2017). L'hécatombe invisible. Le Monde 29-30 octobre 2017. p. 30. Pdf
- Goulson, D. (2019 ). Ma fabuleuse aventure avec les bourdons, Gaïa (édition originale 2013).
- Hickman J.C. (1974). Pollination by Ants : A Low-Energy System. Science 184, 1290-1292.
- Le Hir, P. (2015). Climat : les bourdons perdent du terrain. Le Monde 11 juillet. p. 8. Pdf
- Lescroart, M. (2018). Bourdon, un pollinisateur hors pair. ça m'intéresse Mars 2018, n° 445: p. 28-31. Avec interview de Mathieu Lihoreau.
- Nicolino, F. and F. Veillerette (2018). Nous voulons des coquelicots, LLL Les Liens qui Libèrent.
-
Powney, G. D., C. Carvell, M. Edwards, R. K. A. Morris, H. E. Roy, B. A. Woodcock and N. J. B. Isaac (2019). Widespread losses of pollinating insects in Britain. Nature Communications 10(1): 1018. 10.1038/s41467-019-08974-9
- Zaraska, M. (2018). Les plantes ne se comprennent plus. Courrier International 1426, 1er - 7 mars 2018: p. 34-35. Pdf