Néonicotinoïdes (néonics)

Mis à jour le 20-Mar-2021

Les néonicotinoïdes (Imidaclopride, le premier découvert en 1985 = gaucho, ses métabolites encore plus toxiques, thiaclopride, thiaméthoxane = cruiser et son métabolite la clothianidine = poncho, acétamipride..) ont été introduits comme insecticides dans les années 90 et leur utilisation a explosé dans les années 2000.

Ils agissent sur le système nerveux central des insectes en bloquant les récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine (nAChRs), y compris chez les mammifères. Ils représentent en 2016 plus de 40% du marché mondial des insecticides agricoles, surtout sur les graines, mais seulement 5% est intégré dans les plantes. Ils sont hélas peu biodégradables, donc rémanents et persistent dans tous les environnements, les aliments. La disparition de 30% des oiseaux des champs en France en 15 ans semble due en partie aux néonicotinoïdes sur les semences, soit par ingestion directe soit par la disparition des insectes (Foucart 2018b). Les apiculteurs ont constaté très vite que les insecticides néonicotinoïdes ont des effets sur la mortalité des abeilles, et le syndrome d'effondrement des colonies (CCD). Yves Leconte déclarait au colloque de la Section Française sur les insectes sociaux à Villetaneuse en août 2013 que le gaucho a  été introduit en France en 1993 et que le déclin des abeilles a par hasard commencé en 1995... Evidemment ceci est contesté par les firmes agrochimiques. Cette fois, enfin, on a un énorme travail de suivi des populations de 62 espèces d'abeilles sauvages (par exemple halictes, osmies) de 1994 à 2011 en Grande-Bretagne. Plus aucun doute : les populations de ces abeilles déclinent depuis l'utilisation des néonicotinoïdes sur le colza (Woodcock et al 2016). Voir l'article de Martine Valo (Le Monde 18 août 2016). Curieusement cet article important n'a pas été repris dans les autres journaux (période de vacances ?). Le journal du CNRS fait aussi le point sur cette question et sur le rôle des néonicotinoïdes (Calloce 2016, voir citation plus bas). Wood et Goulson ont fait le bilan des travaux sur les risques des néonocotinoïdes depuis 2013. Tout confirme les effets sur les abeilles et les bourdons mais aussi sur de nombreux autres invertébrés comme les osmies ou les andrènes et les vertébrés comme des oiseaux (Wood et Goulson 2017). Les poissons sont aussi victimes des néonicotinoïdes comme cela vient d'être constaté dans les plantations de riz au Japon (Foucart 2019b). Les insectides interdits en France comme l'imidaclopride et le diaméthoxane se retrouvent en Afrique où ils tuent les abeilles sauvages et les abeilles domestiques.

Voir l'interview d'Yves Le Conte (INRA Avignon, grand connaisseur des abeilles) dans La Recherche (Robert 2019). Il parle des travaux de Mickaël Henry (et al 2012) sur les effets du thiaméthoxane (cruiser) à doses subléthales. Les abeilles sont désorientées et se perdent.. L'effet cocktail entre Nosema et pesticides est aussi présenté. Dans la série des Epingles d'Alain Fraval le n°1286 (novembre) parle des effets des néonicotinoïdes sur le sommeil des abeilles. En effet, à des doses trouvées dans la nature, ils perturbent leur horloge biologique. L'abeille devient insomniaque et ne mémorise plus les trajets (Tackenberg et al 2020). Voir le texte

Selon Philippe Grandcolas dans le Monde du 8 avril 2020 :

L'EFSA vient de classer 3 de ces substances (imidaclopride, thiaméthoxane et clothianidine) comme représentant un risque pour les abeilles (Foucart 2018a) et l'Europe les a interdits en avril 2018 (Foucart 2018c). Et comble de l'ironie, les bourdons deviennent acros au thiaméthoxane et en consomment plus (Arce et al 2018). Le gouvernement autorise à nouveau des néonicotinoïdes "tueur d'abeilles". Eh oui.. mais uniquement sur la betterave et jusqu'en 2023 ! (Foucart 2020).

En plus, ces molécules semblent avoir des effets néfastes sur le développement du cerveau humain selon Stéphane Foucart qui cite un article de revue, pourtant prudent, de Melissa Perry qui appelles les néonicotinoïdes "néonics" (Foucart 2017, Cimino et al 2017).

(dessin de Médiapart, 1er septembre 2016)

L'industrie chimique a toujours un tour d'avance, elle vient de réussir à obtenir l'autorisation d'un nouveau néonic, le sulfoxaflor.. (Foucart et Valo 2017) et on vient de démontrer qu'il est nocif pour les bourdons (Siviter et al 2018, voir Rosier 2018). Et aussi comment cela peut agir dans la colonie de bourdons Bombus impatiens où la reine exposée à de l'imidaclopride est moins active pour s'occuper des larves (Crall et al 2018, voir Morin 2018 et Raine 2018).

Oui, même le miellat des pucerons est empoisonné par les néonicotinoïdes (thiametoxame et d’imidaclopride). On pouvait s'en douter.. Une raison de plus pour interdire toutes ces substances !!! Les effets sur les fourmis, principales consommatrices de miellat, ne sont pas connus. (Calvo-Agudo et al 2019 - voir Le sirop est empoisonné).

A Chizé une étude a porté sur du pollen de colza. On y trouve hélas trois néonics (imidaclopride, thiamétoxane et clothianidine) qui sont pourtant interdits. On en trouve partout, même dans des fermes bio depuis 10 ans. Des suisses ont trouvé les mêmes résulats (Foucart 2019c).

Qu'en est-il des fourmis ? On a peu de données mais il suffit de se promener dans un champ de maïs, de colza ou de tournesol pour constater qu'il n'y a plus aucune fourmi.
- Les fourmis champignonnistes sont souvent traitées avec de l'imidaclopride. Chez Acromyrmex subterraneus les doses les plus faibles induisent une augmentation de toilettage (Galvanho et al 2013). Chez Atta sexdens la mortalité apparait à 10ng / fourmi (Santos et al. 2007).
- En Nouvelle-Zélande, la fourmi d'Argentine fait disparaître les Monomorium antarcticum locales. L'imidaclopride abaisse l'agressivité des Monomorium et au contraire augmente celle des Argentines, ce qui augmente leur chance de se répandre (Barbieri et al 2013, voir Bossy 2013).
- Il y a bien sûr des travaux sur la fourmi de feu à des doses subléthales d'imidaclopride mais sans grande efficacité, cela diminue la fécondité des reines (Wang et al 2015a,b).
- Les effets des néonicotinoïdes sur les fourmis. Il fallait s'y attendre. On pensait que les fourmis avaient un système de détoxification très efficace. Chez Lasius niger, le thiométhoxane, à des taux que l'on trouve dans la nature, n'effecte pas la mortalité des reines fondatrices, elles ont une détoxification plus forte que celles des ouvrières, mais la taille de la colonie à 64 semaines est affectée. Cela montre l'existance de dommages irréparables dans les écosystèmes (Schläppi et Straub 2020, voir arcinfo 2020). On avait déjà montré les effets des phtalates sur ces mêmes fourmis (Cuvillier-Hot et al 2014).

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Pour lutter contre un coléoptère qui transmet des nématodes du pin au Japon on traite avec du thiaclopride, un néonicotinoïde, qui affecte aussi indirectement les Camponotus japonicus (Jung et al 2018).

Voir
- Arcinfo (2020) Biodiversité: les fourmis sont aussi victimes des insecticides. arcinfo.ch 1 Juillet 2020.

- Bossy, D. (2013) Les néonicotinoïdes poussent les fourmis à se battre jusqu'à la mort. Futura Science, 25 octobre 2013, p. http://www.futura-sciences.com/planete/actualites/developpement-durable-neonicotinoides-poussent-fourmis-battre-jusqua-mort-49809/ Pdf
- Cailloce, L. (2016) Pourquoi les abeilles disparaissent. CNRS Le Journal, 28 sept 2016, https://lejournal.cnrs.fr/articles/pourquoi-les-abeilles-disparaissent. Pdf
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Cuvillier-Hot, V., K. Salin, S. Devers, A. Tasiemski, P. Schaffner, R. Boulay, S. Billiard and A. Lenoir (2014). Impact of ecological doses of the most widespread phthalate on a terrestrial species, the ant Lasius niger. Environmental Research 131(0): 104-110. http://dx.doi.org/10.1016/j.envres.2014.03.016. Pdf
- Foucart, S. (2017). Tueurs d'abeilles et d'humains ? Le Monde Mardi 7 février 2017. Pdf
- Foucart, S. and M. Valo (2017). Un nouveau néonicotinoïde autorisé en France. Le Monde 21 octobre 2017. p. 8.
- Foucart, S. (2018a). Les insecticides néonicotinoïdes de nouveau sur la sellette. "La plus grande part de ces molécules ne fait que contaminer l'environnement". Le Monde 2 mars 2018. p. 6.
- Foucart, S. (2018b). Les pesticides néonicotinoïdes ne tuent pas que les insectes. Le Monde 21 mars 2018. p. 6. Pdf
- Foucart, S. (2018c). Néonicotinoïdes : vingt ans de retard. Le Monde 29-30 avril 2018. p. 24. Pdf
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Foucart, S. (2019). Et le monde devint silencieux. Comment l'agrochimie a détruit le monde des insectes, Seuil. 338p.
- Foucart, S. (2019b). Les poissons sont ausi victimes des insectiicdes "tueurs d'abeilles". Le Monde 3-4 novembre 2019. p. 10.
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Foucart, S. (2019c). Même restreints, les néonicotinoïdes persistent. Le Monde 28 novembre 2019. p. 7.
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Foucart, S. (2020). Le gouvernement va réintroduire les néonicotinoïdes. Le Monde. 8 août 2020. p.12.
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- Valo, M. (2016). Les insecticides néonicotinoïdes triplent la mortalité des abeilles. Le Monde 18 août 2016. p. 6. Pdf
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Le journal du CNRS : "Dès les années 1990, les soupçons des apiculteurs se portent sur une nouvelle classe d’insecticides utilisés dans les cultures, les néonicotinoïdes. Ces molécules mises au point dans les années 1980 sont de puissants neurotoxiques qui agissent directement sur le système nerveux central des insectes ravageurs de cultures. « À la différence des précédentes générations de pesticides, les néonicotinoïdes ne sont pas uniquement pulvérisés sur les plantes, mais peuvent enrober directement les semences, explique Axel Decourtye, écotoxicologue et directeur scientifique de l’Institut de l’abeille. Ce sont des insecticides systémiques, qui se retrouvent dans tous les tissus de la plante, jusque dans le pollen et le nectar des fleurs. Les effets sur les abeilles ne tardent pas à être mis en évidence par les chercheurs : à haute dose, les néonicotinoïdes provoquent la mort des abeilles ; à plus faible dose, ils affectent les capacités cognitives des butineuses qui ne retrouvent plus le chemin de la ruche. »"