Fourmi de feu Solenopsis invicta (RIFA)

Alain Lenoir mis à jour 18-Avr-2019

La fourmi de feu Solenopsis invicta (Red Imported Fire Ant RIFA) mesure entre 2 et 6 mm. Son corps est de couleur rouge-brun. Une reine produit 800 à 2.000 œufs par jour et une colonie mature contient jusqu'à 400.000 ouvrières. Une reine peut quitter facilement le nid avec des ouvrières, larves, et fonder une nouvelle colonie. Une colonie mature monogyne contient 250 000 ouvrières. Une forme polygyne est apparue et prolifère depuis une vingtaine d'années, atteignant des densités importantes de plusieurs dizaines de millions d'individus à l'hectare formant une super colonie de plusieurs centaines de nids en monticules. Les ouvrières sont peu polymorphes, les monticules plus petits, les reines sont moins fécondes, on trouve des mâles stériles diploïdes.

Elle est originaire d'Amérique du Sud (Brésil) et a envahi accidentellement les USA dans les années 1930 où c'est une vite devenu une véritable plaie, elle infeste plus de 140 millions d’hectares. Cela coûte 6,5 milliards de dollars par an. Elle envahit maintenant l’Australie, Taïwan, la Chine, le Mexique et les Caraïbes. On la signale en 2017 au Japon en provenance de Chine. Elle colonise actuellement 150 millions d'hectares à Porto Rico et dans 13 états du sud du Texas à la Virginie. On a découvert récemment des infestations en Californie et au Nouveau Mexique. Elles provoquent des dégâts importants aux cultures (soja, citronniers) mais sont de bonnes prédatrices (en Louisiane on ne traite pas contre cette fourmi dans les plantations de canne à sucre)

La répartition de la fourmi de feu (Bertelsmeier et al 2017)

Dans les zones infestées, 5% des personnes développent une hyper-sensibilité au venin. Elles développent des allergies et risquent un choc anaphylactique et donc la mort à cause de cette fourmi. Le venin de la fourmi de feu contient un composé actif, la solénopsine.E

lle est connue pour former des radeaux en cas d’inondation et des tours pour passer des obstacles.

En fait il y a plusieurs espèces comme S. richteri (noire - Black Imported Fire Ant – BIFA) longtemps considérée comme sous-espèce de S. invicta. On la trouve au sud des USA, et serait originaire d’Amérique Sud.
S. saevissima du Brésil est monocalique, mais en Guyane elle forme des supercolonies (Martins et al. 2012; Dejean et al. 2015; Lenoir et al. 2016).
S. geminata (Fourmi de feu tropicale d'Amérique centrale et du sud) a une large répartition tropicale et plus au sud, a sans doute été transportée depuis le Mexique par les galions espagnols. Voir plus

Dans les années 1950 aux USA avec l'apparition de nouveaux insecticides comme le DDT, une grande campagne d'éradication de la fourmi de feu a été lancée sur 56 millions d’hectares. Cela a été un échec cuisant. Voir la critique de Rachel Carson dans son livre "Le printemps silencieux" (Carson 1968). E. O. Wilson, le célèbre myrmécologue américain, a d’ailleurs qualifié cette guerre perdue de « Vietnam entomologique » (Wilson 200, p. 236, voir Keller et Gordon 2006 p. 188). Des essais de lutte biologique sont menés depuis des années contre Solenopsis invicta par des champignons, des parasitoïdes (Eucharitidae, mouches phorides) qui n’ont pas suivi lors de la migration. On peut infecter les fourmis avec le champignon pathogène Metarhizium anisopliae, mais elles boivent plus de quinine (self medication), reçoivent plus de trophallaxies (Qiu et al. 2016). C’est de l’immunité sociale, donc la lutte est difficile. Pseudacteon tricuspis et P. curvatus sont des mouches phorides parasitoïdes d'Amérique du Sud qui pourraient limiter la prolifération des fourmis de feu, mais leur effet est minime (Valles et al. 2010; Porter and Calcaterra 2013). Pierre Jolivet écrivait déjà en 1986 que la lutte avec les parasitoïdes « semble sans espoir » (Jolivet 1986, p. 187). Les fourmis de feu provoquent des dégâts importants aux cultures (soja, citronniers) mais sont de bonnes prédatrices (en Louisiane on ne traite pas contre cette fourmi dans les plantations de canne à sucre).

Elle est arrivée en Australie en 2001 par le port de Brisbane et tend à envahir tout le continent. Des associations voudraient qu'on multiplie les lieux où l'on va tenter de l'éradiquer (Woessner 2016, L'Express 2016). Cela pourrait coûter des centaines de millions de dollars, mais je suis certain que cela ne fera que retarder l'invasion, enrichir les marchands de pesticides et polluer encore plus le pays !!!

Hoffmann a fait le bilan de 316 campagnes d’éradication pour 11 espèces d’invasives, hélas avec des insecticides puissants comme le fipronil (qui pose des problèmes pour les abeilles !), l’hydraméthylnone (pour cafards et fourmis), des régulateurs de croissance (pyriproxyfène et méthoprène). Il note 144 succès surtout en Australie mais uniquement sur très petites surfaces (Hoffmann et al. 2016).

La biologie de la fourmi de feu est très étudiée en raison des problèmes économiques qu'elle pose. C'est ainsi que l'on a découvert chez cette espèce un chromosome social. Dans son venin on trouve des solénopsines qui pourraient servir à lutter contre le psoriasis.

La fourmi de feu Solenopsis invicta a une piqûre très forte. On voit beaucoup de photos de bras ou jambes avec de nombreuses piqûres. Pendant la campagne électorale américaine de 1996 Clinton rêve que les "fire ants" montent dans le pantalon de Dole (Cheboyan Daily Tribune 9/07/1996).

Il faut sans doute s'inspirer de ce que dit le philosophe Baptiste Morizot "On a longtemps cru qu'il fallait exploiter plus efficacement la nature pour améliorer nos conditions de vie humaine; on commence à comprendre, que pour atteindre cet objectif, il faut apprendre à mieux cohabiter avec les autres créatures de la terre." (Vincent 2016). La fourmi de feu inspire les écrivains. C'est ainsi que l'héroïne du livre d'Emilie Chazerand dans le livre "La fourmi rouge" rencontre un entomologiste  qui a travaillé sur cette fourmi (texte).

Voir
- Lenoir, A., S. Devers, A. Touchard and A. Dejean (2016). The Guianese population of the fire ant Solenopsis saevissima is unicolonial. Insect Science, 23, 739-745. Doi: 10.1111/1744-7917.12232. Pdf

Autres
- Bertelsmeier, C., S. Ollier, A. Liebhold and L. Keller (2017). Recent human history governs global ant invasion dynamics. 1: 0184. 10.1038/s41559-017-0184
http://dharmasastra.live.cf.private.springer.com/articles/s41559-017-0184#supplementary-information

- Carson, R. (1968). Le printemps silencieux (Silent Spring, 1962), Livre de Poche.
- Dejean, A., R. Céréghino, M. Leponce, V. Rossi, O. Roux, A. Compin, J. H. C. Delabie and B. Corbara (2015). The fire ant Solenopsis saevissima and habitat disturbance alter ant communities. Biological Conservation 187(0): 145-153. http://dx.doi.org/10.1016/j.biocon.2015.04.012
- Hoffmann, B. D., G. M. Luque, C. Bellard, E. Holmes and C. J. Donlan (2016). Improving invasive ant eradication as a conservation tool: A review. Biological Conservation 198: 37-49.

- Keller, L. and E. Gordon (2006). La vie des fourmis, Odile Jacob. 304 p.
- L'express.fr (2016) Alerte en Australie: des fourmis de feu pourraient coûter des milliards au pays. 9 décembre 2016
- Martins, C., R. F. Souza and O. C. Bueno (2012). Presence and distribution of the endosymbiont Wolbachia among Solenopsis spp. (Hymenoptera: Formicidae) from Brazil and its evolutionary history. Journal of Invertebrate Pathology(0). 10.1016/j.jip.2012.01.001
- Porter, S. D. and L. A. Calcaterra (2013). Dispersal and competitive impacts of a third fire ant decapitating fly (Pseudacteon obtusus) established in North Central Florida. Biological Control 64: 66-74. 10.1016/j.biocontrol.2012.09.018
- Qiu, H.-L., L.-H. Lu, M. P. Zalucki and Y.-R. He (2016). Metarhizium anisopliae infection alters feeding and trophallactic behavior in the ant
Solenopsis invicta. Journal of Invertebrate Pathology 138: 24-29. http://dx.doi.org/10.1016/j.jip.2016.05.005
- Valles, S. M., D. H. Oi and S. D. Porter (2010). Seasonal variation and the co-occurrence of four pathogens and a group of parasites among monogyne and polygyne fire ant colonies. Biological Control 54: 342-348.
- Wilson, E. O. (2000). Naturaliste, Bartillat. 422 p.
- Vincent, C. (2016). Peace et Louves. Pour le philosophe Baptiste Morizot, l'homme doir créer des relations "diplomatiques" avec le loup plutôt que de le tuer. Le Monde Idées 25 juin 2016. p. 2.
- Woessner, G. (2016). Les fourmis, menace pour l'Australie. www.europe1.fr/emissions/derriere-le-buzz. 9 décembre (podcast aussi).