Réchauffement climatique

Alain Lenoir Mis à jour 18-Fév-2019

Sur 11 300 ans on a reconstitué le réchauffement climatique qui est sur les 1500 dernières années sans précédent et pourrait atteindre 2°C dans l’Atlantique Nord (Foucart and Le Hir 2013; Marcott et al. 2013). Le GIEC vient de rendre son rapport en octobre 2013, très pessimiste (Foucart 2013), confirmé en novembre 2014 (Caramel and Foucart 2014).

Cela ne s'arraunge pas. Selon Stéphane Foucart on a subit l'été 2018 comme un "Un été meutrier" "La saison estivale fut un long train de catastrophes, toutes favorisées ou aggravées par le réchauffement." (Le Monde du 2-3 septembre 2018).

Et dans Le Monde du 21 novembre 2018 :

Et les fourmis ?

Tom Bishop, de l'université de Liverpool, a étudié 14 montagnes d'Afrique du Sud, d'Australie et d'Amérique du Sud. Certains sites ont été suivis pendant 7 ans. Ils ont observé que la taille et la coloration plus sombre est plus forte avec les températures froides. Dans les zones plus chaudes, les fourmis sont plus petites et plus claires. Cependant, dans les déserts australiens, les fourmis sont plus sombres à cause des UV-B dangereux et alors la mélanine plus noire protège les fourmis. Cela montre que la composition de la myrmécofaune peut changer rapidement selon les variations climatiques avec des fourmis plus petites et plus claires quand la température monte (Bishop et al 2015, APA 2016). A suivre pour ces années de réchauffement climatique.

Fourmis et CO2, N2O
Dans les forêt tropicales les fourmis et termites représentent 30% de la biomasse animale et 80% de la biomasse des Insectes. Ces insectes peuvent donc produire des "hot spots" de CO2. On a pu mesurer la quantité de CO2 émise par la respiration des fourmis et termites. Il apparait qu'ils participent de manière importante à la production de CO2 en forêt tropicale à Bornéo
(Ohashi et al 2017).

Ronal Dorn, géologue à l'université d'Arizona, a découvert que les fourmis grignotent des minéraux pour sécréter du calcaire et emprisonnent ainsi du CO2 (Dorn 2014). Elles pourraient donc participer à la séquestration du carbone pour ralentir le changement climatique (voir article du Quotidien du peuple 2014). Ceci a aussi été observé chez des fourmis moissonneuses du désert qui cimentent le sommet de leur nid avec du calcaire (Whitford 2003).
En fait, selon un collègue géologue que je cite :
" 1. L'altération des silicates et la consommation de CO2 est un phénomène connu depuis un certain nombre d'années (les organismes vivants étant largement impliqués à cet égard). On sait que cela participe à l'équilibre des enveloppes superficielles de la Terre, dont l'atmosphère terrestre. Plus de CO2 -> plus d'altération -> plus de séquestration de CO2. Mais cela joue à l'échelle de centaines de milliers d'années, sinon de millions. D'où la mention de la part des auteurs d'une contribution de ce phénomène au refroidissement connu au Néogène.
2. Pour ce qui concerne la question fort grave du changement climatique sous l'effet des activités anthropiques. Le terme de geoingeneering apparaît dans ce papier, ce qui ne m'étonne pas. De ce point de vue, il me semble - opinion personnelle - qu'il y a tromperie car la séquestration du CO2 par ce moyen s'opère à une vitesse sans commune mesure - c'est à l'échelle géologique - avec la vie humaine à l'échelle de quelques générations. Cela dit, je crois que les auteurs de l'article utilisent l'artifice du geoingineering pour publier leur papier : l'effet de mode, c'est bien connu.
"

On vient de quantifier les rejets de CO2 par les Atta cephalotes qui forment d'immenses nids profonds et qui accumulent de la matière organique avec les feuilles coupées. Il semble que de grandes quantités de CO2 sortent des nids, jusqu'à 100 000 fois plus qu'un sol ordinaire (Fernandez-Bou et al 2018, voir Louvet 2019).

Pour ce qui concerne le N2O (oxyde nitreux, gaz hilarant), on l'a mesuré chez des Atta colombica de Costa Rica (Soper et al 2019, voir Teles Relay 2019, Sciencemag). Selon Wikipedia "Les bactéries vivant dans certaines fourmilières en sont une source importante ; les gaz exhalés par 22 nids de fourmis coupeuses de feuilles (du sud-ouest du Costa Rica) a montré, qu'en contexte humides et pauvre en oxygène, ces bactéries produisent des quantités très importantes de méthane, mais aussi d'oxyde nitreux. Les taux de méthane sont au dessus des monticules environ 20 fois plus importants qu'alentours dans la forêt. L’oxyde nitreux est jusqu'à 1 000 fois plus élevé que le niveau de fond. Ces grandeurs sont comparables à celles observées dans les station d'épuration d'eaux usées et des fosses à lisier. Ces fourmis contribuent néanmoins aussi aux fonctions de puits de carbone du sol ; le bilan de leurs effets globaux sur le climat n'est pas encore évalué faute de données suffisantes, mais cette production explique pourquoi les études précédentes avaient mesuré des niveaux très variables de méthane et d’oxyde nitreux dans les forêts et régions où ces fourmis construisent leurs nids souterrains." N'oulions pas que le N2O est 300 fois plus réchauffant que le CO2 ; donc même si les fourmis ne produisent que des traces de N2O cela peut avoir une grande importance.

Le réchauffement climatique a des conséquences importantes sur la distribution des espèces et leur phénologie. Parmesan et Yohe ont analysé la répartition géographique de 1700 espèces. Elles montrent une remontée vers les pôles de 6,1km par décade pour oiseaux, papillons et plantes alpines pour 80% des espèces. La phénologie change pour des plantes, oiseaux, papillons et amphibiens avec un avancement de la saison des amours ou de la floraison de 2,3 jours par décade pour 87% des espèces (Parmesan and Yohe 2003). En plus de la montée vers le nord, les espèces claires sont favorisées par le réchauffement climatique comme cela a été montré sur des libellules et des papillons : il y a une relation entre latitude et coloration ; papillons et libellules sont plus sombres dans le nord (Le Hir 2014). Il y a aussi une migration des espèces plus haut avec la fonte des glaciers, certaines espèces auront du mal à s’adapter (Le Hir 2015).

Il aurait une troisième conséquence : il fait rétrécir plantes et animaux (Gardner et al. 2011). J. Sheridan et D. Bickford (Sheridan and Bickford 2011; Brillaud 2012) ont analysé les publications concernant 85 espèces dont 38 ont vu leur taille diminuer ces dernières décennies (ours polaire, cerf, mouton, crapaud commun, mouette, certaines iguanes ou tortues). Des expériences ont montré la même chose en élevant la température d’élevage, par ex les drosophiles de 15 à 29 degrés perdent 15 à 29% de leur poids ; idem pour un coléoptère des grains. On avait observé la même chose avec des fossiles : il y 55,8 MA (passage paléocène – éocène) la température de la terre a gagné 6°C en 20 000 ans, avec une extinction de masse de nombreux foraminifères et de nombreux insectes ont rétréci. On a retrouvé des traces de nids de vers et de Pogonomyrmex réduits de 50 à 75% (Smith et al. 2009; Smith et al. 2011). Selon la règle de Bergmann (1847, dans Gardner et al, 2011) les individus sont plus petits dans les latitudes plus basses avec un climat plus chaud. L’avantage sélectif de petites tailles disparaît si la température devient trop élevée, car la perte d’eau s’accroit très vite avec la baisse de taille corporelle, entrainant une déshydratation aigüe et la mort comme cela a été montré chez des oiseaux (idem Gardner). La diminution de taille avec le réchauffement serait donc de même nature.

Enfin il y a une conséquence sur biodiversité avec deux aspects : perte de biodiversité et diminution de la quantité de faune (« defaunation »). Une 6ème extinction de masse se prépare avec l’anthropocène. Depuis 1500, 322 espèces de vertébrés ont disparu et 25% déclinent en abondance. C’est moins connu pour les invertébrés mais 67% des espèces étudiées montrent un déclin de 45%. Cela aura des effets en cascade sur les écosystèmes, et par conséquence sur l’homme (Dirzo et al. 2014). La journaliste américaine Elizabeth Kolbert décrit bien cette sixième extinction dans son livre (Kolbert 2015; Morin 2015).

Mes observations personnelles

- Des cigale en ville à Tours en juin 2017. Les cigales étaient signalées depuis longtemps sur les coteaux de la Loire vers Fondette mais pas en centre ville

- Les palombes en Béarn qui ne migrent plus en Espagne comme on a pu le voir cet hiver près de Pau.

             

Voir
- APA (2016) Yellow or black, large or small? Ant color and body size respond strongly to environment. Phys.org, 8 September 2016, p. https://phys.org/news/2016-09-yellow-black-large-small-ant.html. Pdf
- Le quotidien du peuple. Les fourmis peuvent-elles sauver le monde du changement climatique ? 5 août 2014, http://french.peopledaily.com.cn/n/2014/0805/c31357-8765073.html. Pdf
- Louvet, B. (2019) Comment ces fourmis contribuent-elles au réchauffement climatique ? Siencepost.fr 11 janvier 2019, https://sciencepost.fr/2019/01/comment-ces-fourmis-contribuent-elles-au-rechauffement-climatique/ Pdf
- Teles Relay (2019) Les fourmis coupeuses de feuilles produisent tellement de gaz qu'elles rivalisent avec les fesses de vaches – BGR. Teles-Relay.org, 11 janvier 2019, https://teles-relay.com/les-fourmis-coupeuses-de-feuilles-produisent-tellement-de-gaz-quelles-rivalisent-avec-les-fesses-de-vaches-bgr/ Pdf

- Ashton, L. A., H. M. Griffiths, C. L. Parr, T. A. Evans, R. K. Didham, F. Hasan, Y. A. Teh, H. S. Tin, C. S. Vairappan and P. Eggleton (2019). Termites mitigate the effects of drought in tropical rainforest. Science 363(6423): 174-177.
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