Fourmis rousses

Alain Lenoir mis à jour 08-Nov-2019

Les fourmis rousses du groupe Formica rufa sont très importantes dans nos forêts.

Wolinski (1979) le savait :

Torossian (et Humbert 1982) avaient fait un état de leur rôle en montagne pyrénéenne et alerté du danger de leur diminution. 30 ans plus tard Marage (et al 2017) ont repris ce bilan sur le même site et constaté une forte chute de la densité des nids, en moyenne de 20 à 10 nids / hectare. Cependant le volume des nids a augmenté. C'est lié au développement des pistes de ski et à la nature des peuplements forestiers. Pourtant dans les forêts du nord de la Grèce on a réussi apparemment à concilier tourisme et aménagement pour maintenir et même développer une population de Formica lugubris (Tsikas et al 2016). Par ailleurs le biotope peut se reconstituer très vite comme cela a été observé dans les Pyrénées Orientales (Torossian et Roques 1982). L'état d'une forêt peut être estimé par la coloration des fourmis : dans les forêts boréales, les gynes de Formica aquilonia sont plus pigmentées (mélanisées) en zones perturbées. Il y a deux explications : la mélanisation est plus forte en zone plus chaude déforestée et une réponse immmutaire au stress du changement d'environnement (Skaldina et Sorvari 2017). On avait déjà montré la relation entre mélanisation et stress chez les fourmis Camponotus fellah traitées avec un antibiotique (De Souza et al 2011).

Elles sont protégées et si l'on doit construire une autoroute on va les déplacer (voir Expulsion et relogement). Un conte de Noël (Bull Intérieur SF-UIEIS 1989)

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Dans les forêts allemandes, selon Peter Wohlleben (2017) elles sont nouvelles venues arrivée dans le sillage des épicéas et des pins. Elles ne peuvent pas avoir été présentes dans les forêts de feuillus originelles (Pdf). Elles sont de grandes consommatrices de miellat de pucerons (Pdf) et pour cela dans son dernier livre (Le réseau secret de la nature) il est très critique sur leur bilan en particulier dans les hétraies (Pdf). Selon La Hulotte sur la cocinelle à 7 points (n°108, 2019) il existe une autre espèce de coccinelle, la coccinelle magnifique qui vit au voisinage des fourmis rousses et qui n'est pas attaquée par les fourmis. on ne connait pas très bien pourquoi.. Répulsif chimique très toxique ? Je propose qu'il s'agit d'un mimétisme chimique.. A suivre.

Formica polyctena fait des colonies composées de plusieurs dômes, 20 à 130 nids connectés (Ceusters 1980). Certaines espèces de fourmis rousses peuvent former des supercolonies géantes où la fidélité des pistes est très forte à la sortie d'hivernation, elle est de 70 à 95% (Cherix et Rosengren 1980). Le dôme des fourmis rousses est un véritbale écosystème où prolifèrent de très nombreux organismes, myrmécophiles mais aussi simples hôtes ou parasites (Parmentier et al 2014).

Chez la fourmi rousse Formica pratensis il existe deux types de colonies, monocaliques (un seul dôme) ou polycaliques. Les colonies monocaliques sont très agressives envers tous les autre nids alors que chez les polycaliques la réponse dépend de la distance et la parenté génétique (Aksoy et Camlitepe 2018).

Les fourmis peuvent aider à la bonne santé des plantes. En effet elles secrètent des antibiotiques qui soignent au moins 14 maladies des plantes. On a par exemple transplanté des fourmis rousses dans une plantation de pommiers, cela réduit l'apparition de deux maladies (Offenberg et Damgaard 2019; voir Claudet 2019). Voir les glandes des fourmis, Plantes et fourmis

Rémy Chauvin a beaucoup étudié la construction du dôme chez les fourmis rousses. Par exemple : "Sur le dôme elles ont horreur de tout ce qui est creux, et elles n'ont de cesse que le trou soit comblé" (1988, voir Horreur des creux). Il a aussi simulé sur ordinateur la construction du nid et déjà compris qu'il suffisait de trois règles simples et que les fourmis n'ont pas besoin de communiquer.. (Voir Le hasard fait bien les choses). Voir aussi Le tunnel que personne n'a creusé où il explique que le travail d'équipe n'en est pas un, et que le travail semble être du gaspillage Eloge du gaspillage. Il a été surpris et émerveillé par sa découverte de la colonie géante de fourmis rousses dans le Jura avec Daniel Cherix (p. 243) et il signale que Claude Torossian en aurait découvert une autre plus grande dans les pyrénées (à vérifier !)

Quelques photos de dômes de fourmis rousses.

Les fourmis rousses selon Stéphanie Ledu :

         

Les fourmis rousses Formica polyctena dans un bunker en Pologne (Czechowski et al 2016 - Voir Epingles 1105) : les fourmis seraient cannibales (Rutkowski et al 2019). Voir Epingle1194, Blavignat (2019), le même article est repris un peu partout dans les sites d'infos.

Voir
- Aksoy, V. and Y. Camlitepe (2018). Effects of genetic relatedness, spatial distance, and context on intraspecific aggression in the red wood ant Formica pratensis (Hymenoptera: Formicidae). Turk J Zool 42. doi:10.3906/zoo-1708-17
- Blavignat, Y. (2019) Coincée dans un bunker soviétique, une colonie de fourmis se convertit au cannibalisme pour survivre. Lefigaro.fr, 5 novembre 2019, https://www.lefigaro.fr/sciences/coincee-dans-un-bunker-sovietique-une-colonie-de-fourmis-se-converti-au-cannibalisme-pour-survivre-20191105 Pdf
- Ceusters, R. (1980). Données démographiques de diverses colonies polycaliques de Formica polyctena Foerts. C.R. UIEIS sct française - Lausanne, 7-8 sept. 1979: 31-60. Pdf
- Chauvin Rémy (1988) Dieu des fourmis Dieu des étoiles. Le Pré aux Clercs, 250 pages.

- Cherix, D. and R. Rosengren (1980). Estmation de la fidélité sur pistes et de l'âge des fourrageuses chez Formica lugubris Zett. dans le Jura suisse, par la méthode de coloration au spray. C.R. UIEIS sct française - Lausanne, 7-8 sept. 1979: 61-69. Pdf
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Claudet, J. (2010) Selon une nouvelle étude, les fourmis soignent les maladies des plantes. Trustmyscience, 17 octobre 2019, p. https://trustmyscience.com/etude-montre-que-fourmis-soignent-maladies-plantes/  Pdf
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Czechowski, W., T. Rutkowski, W. Stephan and K. Vepsäläinen (2016). Living beyond the limits of survival: wood ants trapped in a gigantic pitfall. Journal of Hymenoptera Research 51: 227-239.
- de Souza, D. J., S. Devers and A. Lenoir (2011). Blochmannia endosymbionts and their host, the ant Camponotus fellah: Cuticular hydrocarbons and melanization. Comptes Rendus Biologie 334: 737-741. Pdf
- Marage, D., G. Lempérière and C. Voreux (2017). Trente ans plus tard... Les fourmis rousses des bois, toujours un bon indicateur de l'état de conservation des forêts de montagne ? Revue Forestière de France 114: 111-120. Pdf
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Offenberg, J. and C. Damgaard (2019). Ants suppressing plant pathogens: a review. Oikos in press(0). 10.1111/oik.06744
- Parmentier, T., W. Dekoninck and T. Wenseleers (2014). A highly diverse microcosm in a hostile world: a review on the associates of red wood ants (Formica rufa group). Insectes Sociaux 61(3): 229-237. 10.1007/s00040-014-0357-3
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Rutkowski, T., I. Maák, K. Vepsäläinen, G. Trigos-Peral, W. Stephan, G. Wojtaszyn and W. Czechowski (2019). Ants trapped for years in an old bunker; survival by cannibalism and eventual escape. Journal of Hymenoptera Research 72: 177-184.
- Skaldina, O. and J. Sorvari (2017). Wood ant colouration as an ecological indicator for the level of disturbance in managed coniferous forests. Ecological Indicators 72: 444-451. http://dx.doi.org/10.1016/j.ecolind.2016.08.039
- Torossian, C. and P. Humbert (1982). Les fourmis rousses des bois et leur rôle dans l'écosystème forestier. Revue Forestière de France 24: 32-41. Pdf
- Torossian, C. and L. Roques (1982). Etude de la dynamique du processus de reconstitution du milieu forestier montagnard par les fourmis du groupe Formica rufa (Forêt d'Osséja, bois des Couronnes, Pyrénées Orientales). Communication dans les sociétés d'insectes, Barcelone: 157-166. Pdf
- Torossian, C., L. Roques and J. S. Gion (1980). Les fourmis du groupe Formica rufa des Hautes-Alpes. C.R. UIEIS Sct française - Lausanne, 7-8 sept 1979: 87-99. Pdf
- Tsikas, A., P. Karanikola and A. C. Papageorgiou (2016). Distribution and physical traits of red wood ant mounds in a managed Rhodope mountains forest. Environmental Monitoring and Assessment 188(7): 436. 10.1007/s10661-016-5398-9
- Wohllenben, P. (2017). La vie secrète des arbres, Les Arènes. 268p.