Fourmis rousses

Alain Lenoir mis à jour 10-Avr-2019

Les fourmis rousses du groupe Formica rufa sont très importantes dans nos forêts.

Torossian (et Humbert 1982) avaient fait un état de leur rôle en montagne pyrénéenne et alerté du danger de leur diminution. 30 ans plus tard Marage (et al 2017) ont repris ce bilan sur le même site et constaté une forte chute de la densité des nids, en moyenne de 20 à 10 nids / hectare. Cependant le volume des nids a augmenté. C'est lié au développement des pistes de ski et à la nature des peuplements forestiers. Pourtant dans les forêts du nord de la Grèce on a réussi apparemment à concilier tourisme et aménagement pour maintenir et même développer une population de Formica lugubris (Tsikas et al 2016). Par ailleurs le biotope peut se reconstituer très vite comme cela a été observé dans les Pyrénées Orientales (Torossian et Roques 1982). L'état d'une forêt peut être estimé par la coloration des fourmis : dans les forêts boréales, les gynes de Formica aquilonia sont plus pigmentées (mélanisées) en zones perturbées. Il y a deux explications : la mélanisation est plus forte en zone plus chaude déforestée et une réponse immmutaire au stress du changement d'environnement (Skaldina et Sorvari 2017). On avait déjà montré la relation entre mélanisation et stress chez les fourmis Camponotus fellah traitées avec un antibiotique (De Souza et al 2011).

Elles sont protégées et si l'on doit construire une autoroute on va les déplacer (voir Expulsion et relogement). Un conte de Noël (Bull Intérieur SF-UIEIS 1989) :

Dans les forêts allemandes, selon Peter Wohlleben (2017) elles sont nouvelles venues arrivée dans le sillage des épicéas et des pins. Elles ne peuvent pas avoir été présentes dans les forêts de feuillus originelles (Pdf). Elles sont de grandes consommatrices de miellat de pucerons (Pdf)

Formica polyctena fait des colonies composées de plusieurs dômes, 20 à 130 nids connectés (Ceusters 1980). Certaines espèces de fourmis rousses peuvent former des supercolonies géantes où la fidélité des pistes est très forte à la sortie d'hivernation, elle est de 70 à 95% (Cherix et Rosengren 1980). Le dôme des fourmis rousses est un véritbale écosystème où prolifèrent de très nombreux organismes, myrmécophiles mais aussi simples hôtes ou parasites (Parmentier et al 2014).

Chez la fourmi rousse Formica pratensis il existe deux types de colonies, monocaliques (un seul dôme) ou polycaliques. Les colonies monocaliques sont très agressives envers tous les autre nids alors que chez les polycaliques la réponse dépend de la distance et la parenté génétique (Aksoy et Camlitepe 2018).

Rémy Chauvin a beaucoup étudié la construction du dôme chez les fourmis rousses. Par exemple : "Sur le dôme elles ont horreur de tout ce qui est creux, et elles n'ont de cesse que le trou soit comblé" (1988, voir Horreur des creux). Il a aussi simulé sur ordinateur la construction du nid et déjà compris qu'il suffisait de trois règles simples et que les fourmis n'ont pas besoin de communiquer.. (Voir Le hasard fait bien les choses)

Quelques photos de dômes de fourmis rousses.

Voir
- Aksoy, V. and Y. Camlitepe (2018). Effects of genetic relatedness, spatial distance, and context on intraspecific aggression in the red wood ant Formica pratensis (Hymenoptera: Formicidae). Turk J Zool 42. doi:10.3906/zoo-1708-17
- Ceusters, R. (1980). Données démographiques de diverses colonies polycaliques de Formica polyctena Foerts. C.R. UIEIS sct française - Lausanne, 7-8 sept. 1979: 31-60. Pdf
- Chauvin Rémy (1988) Dieu des fourmis Dieu des étoiles. Le Pré aux Clercs, 250 pages.

- Cherix, D. and R. Rosengren (1980). Estmation de la fidélité sur pistes et de l'âge des fourrageuses chez Formica lugubris Zett. dans le Jura suisse, par la méthode de coloration au spray. C.R. UIEIS sct française - Lausanne, 7-8 sept. 1979: 61-69. Pdf
- de Souza, D. J., S. Devers and A. Lenoir (2011). Blochmannia endosymbionts and their host, the ant Camponotus fellah: Cuticular hydrocarbons and melanization. Comptes Rendus Biologie 334: 737-741. Pdf
- Marage, D., G. Lempérière and C. Voreux (2017). Trente ans plus tard... Les fourmis rousses des bois, toujours un bon indicateur de l'état de conservation des forêts de montagne ? Revue Forestière de France 114: 111-120. Pdf
- Parmentier, T., W. Dekoninck and T. Wenseleers (2014). A highly diverse microcosm in a hostile world: a review on the associates of red wood ants (Formica rufa group). Insectes Sociaux 61(3): 229-237. 10.1007/s00040-014-0357-3
- Skaldina, O. and J. Sorvari (2017). Wood ant colouration as an ecological indicator for the level of disturbance in managed coniferous forests. Ecological Indicators 72: 444-451. http://dx.doi.org/10.1016/j.ecolind.2016.08.039
- Torossian, C. and P. Humbert (1982). Les fourmis rousses des bois et leur rôle dans l'écosystème forestier. Revue Forestière de France 24: 32-41. Pdf
- Torossian, C. and L. Roques (1982). Etude de la dynamique du processus de reconstitution du milieu forestier montagnard par les fourmis du groupe Formica rufa (Forêt d'Osséja, bois des Couronnes, Pyrénées Orientales). Communication dans les sociétés d'insectes, Barcelone: 157-166. Pdf
- Torossian, C., L. Roques and J. S. Gion (1980). Les fourmis du groupe Formica rufa des Hautes-Alpes. C.R. UIEIS Sct française - Lausanne, 7-8 sept 1979: 87-99. Pdf
- Tsikas, A., P. Karanikola and A. C. Papageorgiou (2016). Distribution and physical traits of red wood ant mounds in a managed Rhodope mountains forest. Environmental Monitoring and Assessment 188(7): 436. 10.1007/s10661-016-5398-9
- Wohllenben, P. (2017). La vie secrète des arbres, Les Arènes. 268p.