Azteca

mis à jour le 23-Déc-2019  

Ce sont des fourmis Dolichodérines arboricoles étudiées en Guyane par Alain Dejean et collaborateurs. Elles sont mutualistes avec des Cecropia, arbres colonisateurs. Selon Pablo Servigne (2015) "La symbiose entre la fourmi Azteca et l'arbre Cecropia est fréquente en Guyane. Le Cecropia ou "bois canon" est un arbre de lisière qui pousse en bord de piste. Il possède à l'intérieur du tronc des cavités qu'il met à disposition des fourmis Azteca pour qu'elles s'y installent. En plus d'un logement, les fourmis y trouvent de petites boules (appelés "corps de Müller") qui leur servent de nourriture et qui sont excrétées à la base des feuilles. En échange les fourmis protègent l'arbre contre toute agression, en particulier des fourmis Attine défoliatrices.". C'est un bon exemple de coopération avec entraide (Kergoat 2019).

 Des nids en Guyane :              

 Les ouvrières :

L'arbre hôte Cecropia :          

La fourmi Azteca utilise le principe du Velcro pour s'agripper fermement aux feuilles du Cecropia et pouvoir ainsi capturer de très grosses proies. Les fourmis de cette espèce ne se nourrissent pas à partir de corps nourriciers fournis par l'arbre en plus du logement, mais ont mis au point une stratégie de chasse reposant sur une organisation sociale très élaborée. Les ouvrières se postent côte à côte sous la bordure des feuilles de l'arbre et attendent dans cette position d'éventuelles proies qui viendraient se poser pour trouver un abri ou attaquer les feuilles de l'arbre. Dans cette position, les fourmis s'agrippent solidement aux feuilles grâce au principe du Velcro. En effet, la face inférieure des feuilles présente une ramification de longs poils qui constitue la partie «velours» sur laquelle s'accrochent les griffes des ouvrières formant la partie «crochets». Grâce à ce principe, une fourmi peut maintenir jusqu'à plus de 5 000 fois son poids. Un groupe d'ouvrières peut capturer de très grosses proies, la plus grosse rencontrée étant un criquet de 18,6 g soit 13 350 fois le poids d'une ouvrière (Dejean et al. 2010, et nombreux articles sur Internet).

Elles sont aussi capables de capturer les proies sur leur nid comme les Allomerus. On les appelle fourmis tortionnaires.

Elles cultivent des champignons ascomycètes dans les trous des tiges. Un travail au Costa Rica a montré que les reines fondatrices emportent le champignon et qu'elles en nourrissent les larves jusqu'à l'apparition des premières ouvrières (Mayer et al 2018, et nombreux articles sur internet).

Les fourmis Azteca ont leur nid avec des fonctions déterminées : pouponnière, réserve de nourriture, salle de repos, décharge. Chaque chambre de la domatie a un microbiome particulier et différent de celui du milieu environnant. Les Azteca maintiennent une propreté excellente, surtout autour du couvain. En revanche, elles ne s’occupent pas des agents de maladies pouvant affecter le parasolier ; de ce point de vue, elles ne le protègent pas. Les microbiomes varient selon l’endroit mais partout, la propreté est bien supérieure à ce qu’on trouve dans nos maisons et appartements.. Voir Lucas et al 2019 et Une leçon de propreté.

Personnalité des colonies d'Azteca. On vient de retrouver l'idée de personnalité de colonie chez des Azteca constructor qui vivent sur des Cecropia à Panama où les colonies sont plus ou moins agressives, certaines étant même qualifiées de "dociles" (Marting et al 2018, voir Ikonicoff 2017).

Azteca ovaticeps est parasite d'Azteca andreae sur les arbres Cecropia. Pdf

Voir
- Ikonicoff, R. (2017) Tels des individus, les "superorganismes" ont une personnalité. science-et-vie.com, 14 décembre 2017, p. https://www.science-et-vie.com/nature-et-enviro/tels-des-individus-les-superorganismes-ont-une-personnalite-10140.Pdf
- Servigne, P. (2015) Fourmis. Un monde à part. guyane-guide.com, 25 mai 2015, p. http://www.guyane-guide.com/zone-guyane/fourmis.htm Pdf
- Tassart, A.-S. (2018) Une fois attrapée par des fourmis Azteca brevis, leur proie vit une véritable torture. sciencesetavenir.fr, 1 mai 2018, p. https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/insectes/une-fois-attrapee-par-des-fourmis-azteca-brevis-leur-proie-vit-une-veritable-torture_123474. Pdf

- Dejean, A., C. Leroy, B. Corbara, O. Roux, R. Céréghino, J. Orivel and R. Boulay (2010). Arboreal ants use the "velcro principle" to capture very large prey. PLos One 5: e11331. Libre de droits
- Kergoat, M. (2019). L'entraide, unique mot d'ordre chez les fourmis. Sciences et Avenir n°865, mars 2019: p. 60-62.
-
Lucas, J. M., A. A. Madden, C. A. Penick, M. J. Epps, P. R. Marting, J. L. Stevens, D. J. Fergus, R. R. Dunn and E. K. Meineke (2019). Azteca ants maintain unique microbiomes across functionally distinct nest chambers. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences 286(1908): 20191026. doi:10.1098/rspb.2019.1026 Libre de droits
- Marting, P. R., W. T. Wcislo and S. C. Pratt (2018). Colony personality and plant health in the Azteca-Cecropia mutualism. Behavioral Ecology 29(1): 264-271. 10.1093/beheco/arx165
- Mayer, V. E., M. Nepel, R. Blatrix, F. B. Oberhauser, K. Fiedler, J. Schönenberger and H. Voglmayr (2018). Transmission of fungal partners to incipient
Cecropia-tree ant colonies. PLOS ONE 13(2): e0192207. 10.1371/journal.pone.0192207. Libre de droits
- Schmidt, M. and A. Dejean (2018). A dolichoderine ant that constructs traps to ambush prey collectively: convergent evolution with a myrmicine genus. Biological Journal of the Linnean Society 124(1): 41-46. 10.1093/biolinnean/bly028