Plastiques

Alain Lenoir mis à jour 09-Jul-2018

Nous vivons dans un monde de plastique. "En cinquante ans, le plastique a révolutionné la vie quotidienne. Indispensable, il est partout. Indestructible, il se retrouve jusqu'au milieu des océans – une pollution sans précédent." (Joignot 2010). Frédéric Joignot (2018) parle même de "La grande plastification" pour qualifier notre période. Il cite Roland Barthes qui parle d'une "substance alchimique" en 1957. Nicolas Santolaria (2018) invente même le terme "poubellocène", je crois que l'on devrait plutôt dire "plasticocène" ...

Selon Le point du 15 mai 2014 :

5 millions de tonnes de plastique ont été produits dans le monde en 1950, 245 en 2008, 288 en 2012 dont 90% dérive du pétrole et plus de la moitié se retrouve sous forme de déchets sur les continents et dans les océans (10 millions de tonnes chaque année, 80 millions probables en 2025 avec durée de vie estimée supérieure à 100 ans). Le plastique se dégrade en particules surtout sous les effets des UV. Ces microplastiques ne se dégradent pratiquement pas et peuvent parfois persister jusqu'à 1 000 ans dans le milieu marin (Dussud & Ghiglione 2014; Nouyrigat 2016). On estime à 240 000 tonnes la quantité de particules de plastique dans les océans, ce qui représente 1% du plastique total (Nature 2015). Selon Stéphane Foucart analysant une publication de Science « le plastique envahit inexorablement les mers », particulièrement la Méditerranée qui est une mer fermée (250 milliards de particules en 2014 - Cordonnier 2015; European Commission DG Env 2015; Foucart 2015; Jambeck et al. 2015). La zone d'accumulation la plus grande est le gyre du Pacifique Nord découverte en 1997 que l'on qualifie de "7ème continent de plastique" (4 fois la surface de l'Allemagne, jusqu'à 30m de profondeur par endroits). Les plastiques dans la mer sont à 24% des emballages plastiques, 15% des bouteilles qui mettent 450 ans à se dégrader et 13% des sacs. On fait en ce moment de nombreux essais pour "pêcher" ces plastiques en mer (voir Pélous 2017). Une revue de synthèse (Galloway et al 2017) fait le bilan de cette pollution marine, c'est très inquiétant. On distingue les macroplastiques (>5mm), les microplastiques (0,1µm - 5mm) et les nanoplastiques (<0,1µm). Dans les conditions froides, avec peu d'oxygène et pas d'UV des fonds sous-marins il faut sans doute 300 ans pour dégrader une particule de 1mm à 100nm. On trouve ces mircoplastiques même dans la glace de l'Arctique (Burnouf 2018). Cette pollution par les plastiques affecte tous les niveaux des écosystèmes océaniques, depuis le plancton jusqu'aux plus gros animaux et associée à la pollution chimique ce serait un marqueur de l'anthropocène.

Il faut arrêter l'invasion par les plastiques (voir Betrand 2018) :

Ali Karami (Karami et al 2017) a cherché les microplastiques de plus de 147µm dans 17 marques de sels de divers pays (dont 7 de France) et en retrouvé dans 8 sels.. On y trouve du polyéthylène, du polyéthylène, du téréphthalate, du polypropylène, du nylon, etc. Il dit que même si c'est pour l'instant négligeable dans le sel où il faut rechercher les nanoplastiques "Notre planète est en train d'être silencieusement conquise par ces microbombes. Viendra le moment où nous n'oserons plus manger un seul poisson." "La pollution par les plastiques est de nature à éradiquer à terme toute vie sur la planète. C'est le "grand méchant loup" de ce siècle." (dans Ratel 2017). Don Walsh, détenteur du record de plongée (-10 918m) est très inquiet du sort des océans. Il est le témoin malheureux de leur dégradation, ils sont rongés par le cancer de l'acidification et par l'invasion du plastique. Il écrit "Aujourd'hui on estime à 77 milliards de milliards le nombre de ces particules dans les mers. On en retrouve dans les crustacés et les poissons que nous consommons. Et on continue. Chaque année on en jette 8 millions de tonnes." (Le Monde 6 déc 2017). Les coraux semblent particulièrement souffrir des plastiques, surtout en Birmanie, Thaïlande, Indonésie et Australie. On pense que les fragments fixent en plus de perturbateurs endocriniens des bactéries pathogènes (Lamb et al 2018, voir Le Hir 2018). Tous les travaux confirment la contamination des poissons par des microplastiques, par exemple au large de l'Irlande 70% des mésopélagiques (300-600m) sont concernés, en particulier par le polyéthylène. Ces plastiques sont les mêmes que ceux que l'on trouve en surface (Wieczorek et al 2018). Quand aux moules, tous les travaux indiquent leur contamination en France par les microplastiques de 30 à 200µm, les moules d'élevage étant beaucoup moins contaminées que les moules sauvage (Phuong et al 2018). Divers arguments viennent en faveur de marquer l'anthropocène avec l'arrivée de l'ère industrielle, par exemple le fait que l'on trouve au niveau des traces géologiques dans les lacs de nouveaux matériaux comme les plastiques, ce qui le distingue de l'holocène (Waters et al 2016). On peut voir le film et le livre "Plastic Planet" de Werner Boote et Gerhard Pretting (2011).

Les plastiques en Méditerranée au MUCEM à Marseille (juillet 2017) :

Et un dessin de Serguei (Le Monde 2 juin18) :

Et l’on découvre que sur les microparticules on va trouver des pertubateurs endocriniens comme les PCB ou les phtalates ainsi que des microbes. On retrouve ces microplastiques dans les estomacs des oiseaux, sans doute parce qu'il émettent du diméthylsulfure (DMS) qui est émis aussi par le plancton végétal (Sciama 2017). Selon une étude de Orb Media 83% des échantillons d'eau du robinet dans le monde sont contaminés par des particules de plastique, dont 72% en Europe et le record de 94% aux USA. Les systèmes de traitement actuels ne filtrent pas les microplastiques. Un seul cycle de machine à laver peut libérer 700 000 fibres dans l'eau (up-magazine-info 2017). On trouve des particules de microplastiques dans la plupart des eaux en bouteille, jusqu'à 10 000 particules ... Dans l'eau du robinet en France on en trouve aussi mais deux fois moins (Que Choisir 2018).

   

Une campagne du WWF pour lutter contre les plastiques dans les mers (juin 2017) :

      

et un ver planctonnique qui a mangé une fibre de plastique de 3mm :

Tous les aliments marins sont contaminés :

Un autre campagne, Plastic Ocean, est lancée par l'ONG Sea Sheperd qui considère le plastique comme "un nouvelle espèce invasive" qui affecte 36% des oiseaux de mer et 43% des mammifères marins (Joignot 2018).

La fin du plastique ?
Certainement non .. Même si on essaie de diminuer son usage comme par exemple l'interdiction des sacs de caisse à usage unique depuis le 1er juillet 2016 (Van Kote 2016 a,b). Dans certains endroits on entoure les jeunes arbres de plastique pour les protéger des chevreuils, mais le plastique reste et se décompose lentement, on le retrouve donc dans la mer.. Bombay tente d'interdire les plastiques non réutilisables, mais l'application de cette mesure n'est pas encore possible (Delacroix 2018). De même le gouvernement britannique veut interdire les pailles et les coton-tiges... mesure symbolique mais qui va dans le bon sens (Albert 2018) comme le plan du gouvernement français qui veut recycler 100% du plastqiue en 2025... peu réaliste !! (Barroux 2018).

Ce qu'il ne faut pas faire, un exemple près du lac de Serres-Castet (64) :

et ce qu'il faut faire comme à Sauvagnon (64) :

Exemple de bâche qui se décompose au soleil :

Bien sûr de nombreux laboratoires travaillent sur la possibilité de trouver le moyen de dégrader les plastiques. On cherche des bactéries qui seraient capables de digérer le plastique. C'est un produit de synthèse trop récent pour que les bactéries aient évolué vers ces nouvelles capacités. On en est encore loin. On signale une bactérie Ideonella sakaiensis capable de digérer le PE (polyéthylène, par exemple des bouteilles - 40% des plastiques) mais c'est tout (Yoshida et al 2016, Bornscheuer 2016, Le Monde 2016, Bettayeb 2017). Dussud et Ghiglione (2014) font une synthèse sur ce problème de dégradation des plastiques en mer mais pour l'instant on a peu de choses !

Récemment, une apicultrice chercheuse a découvert par hasard que les larves de la fausse-teigne de la cire (Galleria melonella ) sont capables de dévorer les PE et de les dégrader. Cela ouvre des perspectives économiques considérables si l'on trouve les enzymes qui font ce travail (Herzberg 2017, voir Epingle n° 1152 où Alain Fraval invente le terme "Polyéthylènophage"). François Galgani de l'Ifremer pense qu'il y a un véritable potentiel pour découvrir comment les larves de fausse-teigne digèrent le plastique, peut-être par des bactéries ? (Rouat 2017). Cependant, Weber et al (2017) ne sont pas d'accord avec ce travail. Ils considèrent que le plastique n'est pas dégradé mais simplement fragmenté. Ils ont obtenu le même degré de "dégradation" du plastique avec un mélange de jaune d’œuf et de hachis de porc (voir Le Monde du 20 septembre 2017). Selon Alain Fraval (Epingle 1190) "L’élimination entomologique des sacs plastiques ne serait pas pour demain." Science & Avenir de décembre 2017 ne semble pas avoir connaissance de ce travail et parle toujours de fausse teigne qui dégrade le polyéthylène (Bettayeb 2017).

Voir Pdf
- Bettayeb, K. (2017). Un être vivant peut-il dégrader le plastique ? Science & Vie, décembre 2017, n°1203: p. 120. Pdf
- Bertrand, M. (2018). La menace invisible. L'OBS 2794, 24 mai 2018 : p. 30-31.
A propos du plastique avec interview d'Alain Lenoir et Virginie Cuvillier-Hot. Pdf
- Dussud, C. and J.-F. Ghiglione (2014) La dégradation des plastiques en mer. par Anne Teyssèdre, 26 décembre 2014, p. https://www.sfecologie.org/regard/r63-plastiques-en-mer-dussud-et-ghiglione/ Pdf
- Joignot, F. (2010). Plastique, l'ennemi intime. M Le Monde Magazine 19 septembre 2010. Pdf
- Fraval, A. (2017) Polyéthylènophage. opie-insectes, Epingle 1152, Avril 2017. Pdf
- Fraval A. (2017b) Polyéthylènophage ? opie-insectes, Epingle 1190, Septembre 2017
- Herzberg, N. (2017). Découverte d'une chenille capable de dévorer les plastiques résistants. Le Monde 27 avril 2017. p. 3. Pdf
- Le Hir, P. (2018). Les coraux, victimes des déchets plastiques déversés dans les mers. Le Monde 27 janvier 2018. p. 6. Pdf
- Le Monde Science & Médecine, 16 mars 2016. Pdf
- Le Monde Science & Médecine, 20 septembre 2017. La chenille dévoreuse de plastique remise en question. Pdf
- Pélouas, A. (2017). Pêche au plastique en region polaire. Le Monde Sciences & Médecine 8 novembre 2017. Pdf
- Rouat, S. (2017). Un jour, des bactéries mangeront nos plastiques. Sciences et Avenir 844: p. 26. Pdf
- Sciama, Y. (2017). Les oiseaux sont victimes de l'odeur du plastique. Science & Vie Janvier, n° 1192: p. 22. Pdf
- up-magazine-info (2017) Des microparticules de plastique retrouvées dans l'eau du robinet. Partout dans le monde. up-magazine-info, 6 septembre 2017, http://up-magazine.info/index.php/le-vivant/sciences/6889-des-microparticules-de-plastiques-retrouvees-dans-l-eau-du-robinet. Pdf
- Van Kote, G. (2016a). Un si ingénieux fléau. Grandeur et décadence du sac plastique 1/6. Le Monde 19 juillet 2016. p. 30. Pdf
- Van Kote, G. (2016b). Un si ingénieux fléau. Sale fin de vie 4/6. Le Monde 22 juillet 2016. Pdf

Autres articles
- Albert, E. (2018). Le gouvernement britannique déclare la guerre au plastique. Le Monde 22-23 avril 2018. p. 5.
- Barroux, R. (2018). Un plan pour sortir de l'ère du "tout-jetable". Le Monde 24 avril 2018. p. 6.
- Bombelli, P., C. J. Howe and F. Bertocchini Polyethylene bio-degradation by caterpillars of the wax moth Galleria mellonella Current Biology 27(8): R292-R293. 10.1016/j.cub.2017.02.060. Libre de droits
- Bornscheuer, U. T. (2016). Feeding on plastic. Science 351(6278): 1154-1155. 10.1126/science.aaf2853
- Burnouf, S. (2018). Taux record de microplastique dans l'océan Arctique. Le Monde 26 avril 2018. p. 6.
- Cordonnier, M.-N. (2015). Le devenir des déchets plastiques en mer. Pour la Science 448: p. 5.
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- Joignot, F. (2018). La grande plastification. Le Monde Idées 21 avril 2018. p. 5.
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- Weber, C., S. Pusch and T. Opatz (2017). Polyethylene bio-degradation by caterpillars? Current Biology 27(15): R744-R745. https://doi.org/10.1016/j.cub.2017.07.004
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