Evolution de la socialité

Alain Lenoir mis à jour 23-Sep-2018 (article en cours de rédaction)

Existe-t-il des gènes de la socialité ?
Chez 10 espèces d’abeilles sociales, semi-sociales ou solitaires la transition vers la socialité comprend un accroissement du potentiel vers la régulation des gènes, de la diversité et de l'abondance des éléments transposables. L'eusocialité a pu arriver par différents mécanismes mais toujours avec une augmentation de de la complexité des réseaux de gènes (Kapheim et al. 2015).

Daniel Kronauer fait la une de l'actualité avec un super papier dans Science sur le rôle de l'insuline dans la formation des reines chez Ooceraea (Cerapachys) biroi. Quand les reines sont en présence de larves cela inhibe le gène "ilp2" (insuline-like peptide 2) dans leur cerveau et elles arrêtent de pondre. Et si on injecte l'analogue de l'insuline elles continuent à pondre en présence des larves. Ce gène est retrouvé plus actif dans le cerveau des reines de 7 espèces étudiées. Les auteurs pensent que cela pourrait être une possibilité d'évolution vers l'eusocialité avec l'apparition de la caste reine (Chandra et al 2018).

Les isopodes terrestres Hemilepistus reaumurii des régions arides d’Afrique du Nord ont vie sub-sociale formant des familles qui sont différentes avec HCs comme les colonies de fourmis, pourtant les fèces ne sont pas typiques de la famille (Ayari et al. 2016).
Selon Farris les parasitoïdes ont développé aussi très tôt des mushroom bodies, ce qui suggère que cette évolution est apparue bien avant la socialité chez les hyménoptères, elle a dû être associée aux besoins cognitifs des parasitoïdes (Farris and Schulmeister 2011).

Rats-taupe nus
Les superpouvoirs des rats-taupes nus. Documentaire sur Arte 52 min. Disponible du 13/01/2018 au 12/02/2018. Organisés en colonies de nourrices, soldats et ouvriers, les rats-taupes nus sont dirigés par une reine, seule reproductrice du groupe, dont l’espérance de vie est plus remarquable encore que celle de ses sujets. Ce documentaire parle surtout de la recherche des gènes de longue vie mais intéressant !

Plantes
La socialité n'est pas spécifique des animaux puisque selon Peter Wohlleben (2017) certains arbres sont solitaires comme le saule ou le peuplier, mais d'autres qui vivent dans les forêts primaires (hêtre, conifères) : "Ce sont des êtres sociaux, dont le bien-être dépend de la communauté. Les plus faibles sont soutenus car tous y perdent s'ils disparaissent."

Voir
- Ayari, A., F.-J. Richard, C. Souty-Grosset and K. Nasri-Ammar (2016). Family identity of the sub-social desert terrestrial isopod
Hemilepistus reaumurii. Journal of Arid Environments 134: 10-16.
- Chandra, V., I. Fetter-Pruneda, P. R. Oxley, A. L. Ritger, S. K. McKenzie, R. Libbrecht and D. J. C. Kronauer (2018). Social regulation of insulin signaling and the evolution of eusociality in ants. Science 361(6400): 398-402. 10.1126/science.aar5723
- Farris, S. M. and S. Schulmeister (2011). Parasitoidism, not sociality, is associated with the evolution of elaborate mushroom bodies in the brains of hymenopteran insects. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences 278(1707): 940-951. 10.1098/rspb.2010.2161
- Kapheim, K. M., H. Pan, C. Li, S. L. Salzberg, D. Puiu, T. Magoc, H. M. Robertson, M. E. Hudson, A. Venkat, B. J. Fischman, et al. (2015). Genomic signatures of evolutionary transitions from solitary to group living. Science 348(6239): 1139-1143. 10.1126/science.aaa4788
- Schaub, C. (2017). "Les arbres ne voteraient pas à droite". Interview de Peter Wohlleben sur "La vie secrète des arbres" (Les Arènes 2017). Libération Jeudi 16 mars 2017. p. 26-27.