Fourmis urbaines

Alain Lenoir Mis à jour 22-Jan-2019

Le monde s'urbanise très rapidement et cela représente un environnement nouveau et stressant pour de nombreuses espèces. On redécouvre qu'il y a des fourmis en ville, en particulier la fourmi des trotoirs Tetramorium caespitum qui est une super nettoyeuse comme cela a été montré à New-York où elle raffole des déchets de hot-dogs (APA 2014). Pierre Barthélémy raconte dans sa rubrique "Improbablogie" du Monde que des américains ont étudié les populatons d'arthropodes (mouches, araignées, fourmis et divers coléoptères entre autres) dans les maisons et montré qu'elles sont plus variées dans les zones plus riches. Les auteurs parlent "d'effet luxe".. Sans doute parce que la biodiversité végétale est plus importante dans les quartiers riches. Les animaux se retrouvent ensuite dans les domiciles qui sont "d'immenses pièges à bestioles" (Leong et al 2016; Barthélémy 2016). Les oiseaux sont aussi sensibles à l'urbanisation et une alimentaion plus abondante et avec une espérance de vie plus longue mais des portées plus petites, cela concerne surtout les passereaux (Sepp et al 2018).

Au Brésil on a comparé les populations de squares et de parcs urbains dans une ville du Minas Gerais, avec la population de fourmis dans le cerrado. Les jardins publics près des centres commerciaux sont envahis par Pheidole megacephala (fourmi invasive), ce qui reduit la biodiversité (Pacheco et Vasconcelos 2007). Les parcs urbains sont mieux conservés (Leong et al 2016).

En France, on commence à s'interesser aux fourmis urbaines, il y a eu une thèse sur les fourmis des zones urbanisées à Lyon, avec en particulier Lasius niger et Lasius neglectus, fourmi aztèque invasive (Gippet 2016) et à Paris on peut voir des fourmis sur une vidéo de Cyril Bonnet (8 juillet 2018), avec sans doute des Lasius niger qui grimpent sur les troncs d'arbres pour exploiter les pucerons.

On commence à s'intéresser aux capacités d'adaptation des espèces à l'environnement urbain par l'étude de leur génome. Si l'on compare le génôme de Lasius niger, de Camponotus floridanus et autres espèces séquencées il apparait que celui de L. niger est plus riche en gènes de réparation de l'ADN, en éléments transposables, en gènes de détoxyfication (glutatione-S-transférase et cytochromes de la famille P450, dont le CYP9) parmi d'autres. Cela expliquerait le succès de la fourmi noire des jardins en ville (Konorov et al 2017).

Voir
- APA (2014) Study finds insects play important role in dealing with garbage on NYC streets. http://phys.org/news/2014-12-insects-important-role-garbagenyc.html. Pdf
- Barthélémy, P. (2016). Les bébêtes ont-elles des goûts de luxe ? Le Monde Science et Médecine 21 septembre 2016. p. 6.
- Gippet, J. (2016). Patterns of distribution, human-mediated dispersal and intraspecific variations in urbanized landscapes : how ants respond to urbanization. Université de Lyon. PhD: 220 p. (disponilbe sur HAL, archives ouvertes). Voir résumé sur Lasius niger (Pdf) et Lasius neglectus (Pdf)
- Konorov, E. A., M. A. Nikitin, K. V. Mikhailov, S. N. Lysenkov, M. Belenky, P. L. Chang, S. V. Nuzhdin and V. A. Scobeyeva (2017). Genomic exaptation enables Lasius niger adaptation to urban environments. Bmc Evolutionary Biology 17(Suppl 1): 39. 10.1186/s12862-016-0867-x
- Leong, M., M. A. Bertone, K. M. Bayless, R. R. Dunn and M. D. Trautwein (2016). Exoskeletons and economics: indoor arthropod diversity increases in affluent neighbourhoods. Biology Letters 12: 20160322. http://dx.doi.org/10.1098/rsbl.2016.0322.
- Pacheco, R. and H. L. Vasconcelos (2007). Invertebrate conservation in urban areas: Ants in the Brazilian Cerrado. Landscape and Urban Planning 81(3): 193-199. http://dx.doi.org/10.1016/j.landurbplan.2006.11.004
- Sepp, T., K. J. McGraw, A. Kaasik and M. Giraudeau (2018). A review of urban impacts on avian life-history evolution: Does city living lead to slower pace of life? Global Change Biology 24(4): 1452-1469. doi:10.1111/gcb.13969