Fourmis et urbanisation

Alain Lenoir Mis à jour 16-Avr-2021  

La vie urbaine peut avoir un impact sur l'évolution des populations. Ces populations, si elles sont isolées des populations non urbaines, peuvent se différencier génétiquement par des processus neutres (dérive génétique) ou par des processus d'adaptation (sélection naturelle). On peut voir l'article de Marion Cordonnier (2020) avec un paragraphe sur les fourmis dans les villes : "Parmi la faune présente dans les environnements intensément urbanisés, les fourmis constituent de bons indicateurs de l’impact environnemental de l’urbanisation [16]. Au sein des fourmis, l’amplitude et la direction des impacts de l’urbanisation dépendent non seulement des caractéristiques des espèces et de leur sensibilité face aux perturbations, mais aussi des interactions entre les espèces et de leurs capacités de dispersion (Figure 4). Ainsi, si de nombreuses espèces sont rarement présentes dans les zones urbaines, plusieurs espèces de fourmis sont au contraire communes dans les habitats les plus anthropisés (par exemple Lasius niger en France)". La fourmi aztèque Lasius neglectus est aussi liée à l'urbanisation dans la région lyonnaise (Gippet et al 2021).

Fig4 : 

Dans le cas de la petite fourmi des glands Temnothorax nylanderi, les populations urbaines (Paris, Lyon et Bordeaux) ne sont étonnamment pas différenciées génétiquement des populations forestières (Bretagne, Villefranche 66, Lyon et près de Paris), suggérant une expansion et une absence d'isolation. Cependant, certains gènes présentent des traces de sélection témoignant d'une adaptation au milieu urbain. Malgré la grande similitude entre populations, l'étude a détecté 19 gènes différenciés entre forêts et villes, qui sont associés à des composants cellulaires, des fonctions moléculaires et des processus biologiques centraux. Deux d'entre eux sont liés à des traits sociaux. Il semblerait donc que l'adaptation à l'urbanisation et aux changements environnementaux puisse passer par l'évolution de nouvelles propriétés de la vie en groupe. L'étude de l'expression de ces gènes permettra d'en déterminer la fonction sociale exacte (Khimoun et al 2020, voir Isabelle 2020).

Dans les quartiers chics des villes américaines, avec plus d'espaces verts, on observe une biodiversité plus élevée (Ça m'Intéresse janvier 2020, p.24).

Les relations entre la faune de fourmis et d'araignées et l'urbanisation dans la région de Salvador. Il faut absolument préserver les petites forêts dans cette région. Les araignées sont plus sensibles que les fourmis à la perte des forêts (Melo et al 2021).

Réf
- Cordonnier, M. (2020) Les fourmis, espèces sentinelles de l’impact des changements globaux. encyclopedie-environnement.org 10 décembre 2020.
- Gippet, J. M. W., T. Colin, J. Grangier, F. Winkler, M. Haond, A. Dumet, S. Tragust, N. Mondy and B. Kaufmann (2021). Land-cover and climate factors contribute to the prevalence of the ectoparasitic fungus Laboulbenia formicarum in its invasive ant host Lasius neglectus. Fungal Ecology 51: 101045. doi: https://doi.org/10.1016/j.funeco.2021.101045
- Khimoun A., Doums C., Molet M., Kaufmann B., Péronnet R., Eyer P.A., Mona S. (2020) Urbanization without isolation: unexpected absence of genetic structure among cities and forests in the tiny acorn ant Temnothorax nylanderi. Biology Letters 16. Published:29 January 2020. https://doi.org/10.1098/rsbl.2019.0741
- Isabelle (2020) Des fourmis urbaines et forestières remarquablement semblables génétiquement. techno-science.net, 16 février 2020, p. https://www.techno-science.net/actualite/fourmis-urbaines-forestieres-remarquablement-semblables-genetiquement-N19292.html
- Melo, T. d. S., E. F. Moreira, M. V. A. Lopes, A. R. S. Andrade, A. D. Brecovit, M. C. L. Peres and J. H. C. Delabie (2021). Influence of urban landscapes on ants and spiders richness and composition in forests. Neotrop Entomol, sous presse.