Les soldates ont un petit cerveau

par Alain Fraval

Epingles 1109 (octobre 2018)


Dans une société, les tâches attribuées à chacun peuvent fortement différer entre les groupes. Les morphologies sont adaptées, mais leurs anatomies ? Les soldats sont grands et costauds mais comparées à d’autres, leur registre comportemental pauvre semble demander moins de capacités intellectuelles. Ont-ils pour autant des cerveaux réduits ? La nature ne peut donner tous les atouts à tout le monde, elle distribue ses investissements limités selon ce qui est le mieux pour ladite société et le tissu nerveux est particulièrement coûteux à fabriquer.
La réponse vient d’être trouvée par une équipe basée à l’université Drexel (Pennsylvanie, États-Unis), étudiant les fourmis légionnaires (nomades) du genre Eciton (Hym. Dorylinés). Chez celles-ci, les différences morphologiques entre les castes d’ouvrières sont particulièrement marquées. Les soldates, ouvrières très spécialisées, de grande taille et aux mandibules acérées en faucille, ne sont capables que d’une chose : attaquer
et tuer les vertébrés croqueurs de fourmis. C’est aux autres ouvrières que reviennent le remorquage du cadavre et son dépeçage ; elles sont nourries par leurs consoeurs.
Inclus dans la résine, les cerveaux ont été mesurés et leurs tailles, rapportées à celle de leur propriétaire, sont effectivement moindres. De plus les lobes antennaires, ainsi que les corps pédonculés (siège de l’intégration, de la coordination, de la mémoire…), sont relativement moins développés que chez les travailleuses. Les lobes optiques ne sont pas réduits, suggérant que les soldates ont quand même besoin de voir ce qu’elles font.

O’Donnell, S., S. Bulova, M. Barrett and C. von Beeren (2018). Brain investment under colony-level selection: soldier specialization in Eciton army ants (Formicidae: Dorylinae). BMC Zoology 3(1): 3. 10.1186/s40850-018-0028-3. Article source (gratuit, en anglais)