Sophie Van Meyel

Alain Lenoir Mis à jour le 14-Jan-2021

A fait sa thèse à l'IRBI (Tours) sous la direction de Joël Meunier "Évolution de la vie de famille chez un insecte précocial. Importance des interactions sociales et de l'écologie" (2020). Pdf

Résumé
La vie de famille est un phénomène omniprésent dans la nature et constitue une étape clé dans l’évolution des sociétés animales. Comprendre les facteurs évolutifs qui ont permis son émergence et son maintien est donc fondamental pour étudier l’évolution de la vie sociale en général. A l’heure actuelle, un grand nombre d’étude se sont intéressées aux coûts et aux bénéfices des interactions sociales, et en particulier des soins parentaux durant la vie de famille et aux facteurs écologiques qui pouvaient influencer ces interactions. Cependant, la majorité de ces études se sont focalisées sur les espèces altriciales et eusociales chez qui la vie de famille est obligatoire pour la survie des jeunes et/ou permanente, créant une vision incomplète des processus responsables de l'évolution de la vie de famille dans les formes ancestrales de vie de groupe. Au cours de cette thèse j’ai exploré ce manque de connaissance en m’intéressant à l’évolution de la vie de famille chez un insecte subsocial précocial : le forficule européen. Mon travail vise, dans un premier temps, à mieux comprendre les interactions mère-descendants et les bénéfices nets qu’elles apportent aux mères, puis à explorer l’impact de facteurs écologiques qui ont pu, peuvent ou pourront moduler ces les bénéfices de ces interactions.

Mes résultats montrent d’abord que chez le forficule européen, les soins maternels envers les oeufs n’impliquent pas de discrimination de parentèle et que le cannibalisme filial partiel des oeufs est une stratégie adaptative pour les femelles qui n’est pas lié à leur investissement dans les soins. Mes données suggèrent aussi que même si les femelles consomment les fèces de leurs juvéniles et peuvent en tirer des bénéfices, les juvéniles ne coopèrent pas de façon active avec leur mère en modulant la production de leurs fèces. Dans la deuxième partie de cette thèse, je souligne l’importance d’étudier les mécanismes de l’immunité sociale dans toutes formes de socialité pour mieux appréhender son rôle dans l’émergence de la vie de famille. Enfin, je montre que l’altération du microbiote intestinal par un antibiotique n’induit pas de modification dans l’expression des soins maternels alors qu’une exposition à une dose sublétale d’un pesticide pyréthrinoïde altère l’expression des soins maternels envers les oeufs chez les femelles forficules.

Dans son ensemble, ce travail de thèse apporte une vision nouvelle de l’interaction mère-descendants et de l’impact de facteurs écologiques sous-estimés dans l’évolution de la vie de famille chez les insectes précociaux. Il ouvre ainsi de nouvelles perspectives d’étude sur l’évolution de la vie de famille au sein de ces formes ancestrales de vie sociale.