Fourmis folles

Alain Lenoir mis à jour 17-Avr-2021

Au moins trois espèces de fourmis sont appelées fourmis folles : la fourmi folle jaune (Anoplolepis gracilipes), la fourmi folle rousse (Nylanderia fulva) et la fourmi folle noire (Paratrechina longicornis).

- La fourmi folle jaune (Anoplolepis gracilipes, Plagiolepidini, yellow crazy ant)
Cette fourmi est facile à reconnaitre à ses pattes très longues et grêles, de grandes antennes et grands yeux et elle fait des mouvements désordonnés très rapides d’où son nom. Elle est polyphage, élève des pucerons qu'elle protège et est prédatrice. Elle serait originaire d’Afrique et d’Asie. Elle est invasive en Australie où elle pose beaucoup de problèmes, Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Hawaï, Galápagos, Polynésie française), océan indien (Seychelles*, île Christmas, La Réunion). Elle est célèbre pour avoir détruit plus de 20 millions de Crabes rouges terrestres (Gecarcoidea natalis) endémiques de l'île Christmas (au Nord-Ouest de l'Australie et au Sud-Ouest de Java) pendant leurs migrations annuelles. Elle attaque aussi tous les autres animaux qu'elle détruit ou perturbe leur reproduction (voir Fraval, Epingles 2002, David 2002 avec interview d'Hervé Jourdan). On n'hésite pas à traiter contre cette fourmi à Tahiti avec du fipronil dont on connait les effets dévastateurs sur la biodiversité, mais qui n'éliminent pas les reines... (Nij 2021).

      

et dans Albouy 

*Seychelles : pas de quartier contre les espèces invasives, par Thomas Saintourens, geo.fr (13 mai 2020). L'invasive en question est "Anoplolepis gracilipes ou fourmi folle jaune. Cette bête vorace est classée numéro un au palmarès mondial des fourmis invasives établi par l’UICN. Sa technique d’attaque ? Asperger d’acide sa proie, qu’il s’agisse d’un insecte ou même d’un serpent, avant de s’en repaître. Ce nuisible a été introduit dans l’archipel en 1962, via un cargo en provenance de l’île Maurice. Aujourd’hui, des millions de ses congénères hantent la vingtaine d’hectares de la fabuleuse Vallée de Mai, mettant à mal l’équilibre de tout l’écosystème.... Impossible donc de préserver la fragile biodiversité de l’archipel sans le débarrasser des chats, rats, souris et autres intrus qui profitent de la vulnérabilité de la faune et de la flore autochtones pour coloniser leur habitat. Voire les dévorer tout cru.... C’est dans le nord du pays, sur l’îlot granitique d’Aride, racheté en 1973 par le Britannique Christopher Cadbury, magnat de la confiserie et amoureux de la nature, que le processus de "restauration" des écosystèmes seychellois a commencé. Il s’étend sur plusieurs années, en suivant trois étapes. "D’abord on élimine la petite faune exotique, en général en les empoisonnant ou en les piégeant ; puis on arrache les végétaux envahissants pour replanter les espèces natives ; et enfin on réintroduit les animaux qui avaient disparu localement et qui ne peuvent pas survivre dans des écosystèmes altérés", résume Gérard Rocamora." Lien vers version complète

Les fourmis folles jaunes sur l'île Christmas « J’ai encore la photo du dessin de ma semelle imprimé dans la poudre de phosphate comme sur un sol lunaire, à côté de la trace, nette et précise, d’une scolopendre géante – sorte de gros mille­pattes vorace, venimeux, introduit accidentellement sur l’île depuis l’Asie continentale : à côté de sa morsure, celle du serpent­loup, un autre envahisseur débarqué lui de l’Inde, est une partie de plaisir. Alliés aux sections d’assaut des folles jaunes, les scolopendres et les serpents­loups s’étaient lancés, eux aussi, dans une vaste entreprise d’éradication de la faune locale (...). Mon père fréquentait parfois des scientifiques en mission sur l’île, qui se consacraient à la lutte contre ces nuisibles. D’autres traquaient les derniers signes de vie des espèces en voie d’extinction. » (L'île de Jacob, de Dorothée Janin, p. 118-119; dans Le monde du 25 sept 2020).

M. Cooling et B. Hoffmann en Australie ont observé que entre 2003 et 2014 la fourmi folle jaune pouvait disparaître spontanément dans divers endroits (Cooling and Hoffmann 2015). Cette disparition pourrait être due à des virus Black queen cell virus, et d'autres bactéries pathogènes comme Rhabdochlamydia, Serratia et Cardinium (Cooling et al 2016).

Cette fourmi est très étudiée. On vient par exemple de découvrir que des ouvrières physogastres pondent deux types d'oeufs, des oeufs alimentaires trophiques pour nourrir les larves et des oeufs haploÏdes qui donneront des mâles (Lee et al 2017, Fraval 2017). Contrairement à ce que disent les auteurs, les oeufs alimentaires d'ouvrières sont connus depuis longtemps chez de très nombreuses espèces, voir Passera et Aron 2005, p.92-93)

   

Les oeufs a= oeuf reproducteur mâle et b oeuf alimentaire :

- La fourmi folle rousse (Nylanderia fulva, Rasberry crazy ant, tawny crazy ant)
C’est une fourmi originaire d’Argentine et du sud du Brésil qui semble contrarier l’expansion des fourmis de feu aux États-Unis (arrivée en 2002 au Texas). Elle est rousse parsemée de poils rouges et fait de gros dégâts aux matériels électriques. Elle est en expansion rapide et pourrait provoquer plus de dégâts que la fourmi de feu.
En 2008, la NASA a du traiter ses installations pour se débarrasser de ces fourmis qui envahissent les circuits électroniques et les ordinateurs. En mourant grillées, elles libèrent des phéromones d'alarme qui attirent des congénères qui succombent aussi, et s'entassent au point de créer de graves courts-circuits ! En Floride on confirme qu'elle est bien unicoloniale (Lawson et Oi 2020).
Elle forme une supercolonie sur plus de 2 000 km aux USA (Eyer et al 2018).
Voir Fourmi crazy. Science et Vie Junior, n° 111, avril 2015.

- La fourmi folle noire (Paratrechina longicornis, Plagiolepidini, longhorn (black) crazy ant)
C’est une fourmi surtout tropicale, qui peut s’installer jusqu’en Estonie, Suède (habitations, serres). Origine Asie sud-est et Mélanésie (Wetterer 2008). Trouvée en France en 1856 (Nylander), actuellement dans des serres. Les reines isolées produisent des ouvrières diploïdes, clones des reines, et des mâles clones de leur père (Pearcy et al. 2011). C’est l’alliée de Ant-man, le film (2015). Signalée dans les oasis du Maroc (Taheri et al 2020).

P. longicornis arrive dans le sud de l'Espagne, provenant peut-être du Sénégal (Ka 2020).

          

Voir
- Albouy, V. (2017). Étonnants envahisseurs Quae. 160p. Voir La fourmi folle jaune
- Cooling, M. and B. D. Hoffmann (2015). Here today, gone tomorrow: declines and local extinctions of invasive ant populations in the absence of intervention. Biological Invasions 17(12): 3351-3357. 10.1007/s10530-015-0963-7
- Cooling, M., M. A. M. Gruber, B. D. Hoffmann, A. Sébastien and P. J. Lester (2016). A metatranscriptomic survey of the invasive yellow crazy ant, Anoplolepis gracilipes, identifies several potential viral and bacterial pathogens and mutualists. Insectes Sociaux: 1-11. 10.1007/s00040-016-0531-x
- David, J. (2002). Crabes rouges et fourmis folles. Documentaire australien de Mike Piper (2000). Télérama 2726 (avril 2002) et 2750 (septembre 2002). Avec Interview d'Hervé Jourdan. Pdf
-
Eyer P-A, McDowell B, Johnson LNL, Calcaterra LA, Fernandez, MB, Shoemaker D, Puckett RT, Vargo EL (2018) Supercolonial structure of invasive populations of the tawny crazy ant Nylanderia fulva in the US. BMC Evolutionary Biology, 18, 209.
- Fraval, A. (2002) La crise de la fourmi folle. Epingles, 25 aril 2002, p. http://www7.inra.fr/opie-insectes/epingle02.htm#folle
- Fraval, A. (2017) Autarcie. Epingles n°1160 , Mai 2017. Pdf
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Ka, M. (2020) Emigration animale : La “fourmi folle”, sénégalaise bon teint, envahit l’Espagne. senego.com 18 novembre 2020.
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Lawson, K. J. and D. H. Oi (2020). Minimal Intraspecific Aggression among Tawny Crazy Ants (Hymenoptera: Formicidae) in Florida. Florida Entomologist 103: 247-252. doi: https://doi.org/10.1653/024.103.0215.
- Lee, C.-C., H. Nakao, S.-P. Tseng, H.-W. Hsu, G.-L. Lin, J.-W. Tay, J. Billen, F. Ito, C.-Y. Lee, C.-C. Lin, et al. (2017). Worker reproduction of the invasive yellow crazy ant
Anoplolepis gracilipes. Frontiers in Zoology 14(1): 24. 10.1186/s12983-017-0210-4 (libre de droits)
- Nij (2021) A Hiva Oa, tous alliés contre la fourmi folle. tahiti-infos.com 15 avril 2021
- Passera, L. and S. Aron (2005). Les fourmis. Comportement, organisation sociale et évolution. Ottawa, Presses scientifiques du CNRC. 480pp.
- Pearcy, M., M. A. D. Goodisman and L. Keller (2011). Sib mating without inbreeding in the longhorn crazy ant. Proceedings. Biological Sciences / The Royal Society 278(1718): 2677-2681. 10.1098/rspb.2010.2562
- Taheri, A., M. Elmahroussi, J.-L. Reyes-López, N. Bennas and J. C. Brito (2020). Ants invading deserts: Non-native species in arid Moroccan oases. Journal of Arid Environments: 104122. doi: https://doi.org/10.1016/j.jaridenv.2020.104122.